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Accueil » L'actualité archéologique » La Bretagne mystérieuse
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01

Menhirs, dolmens, cromlechs…, sont les noms que la légende a attribués à ce que la science a appelé monolithes ou encore mégalithes. Depuis plus de sept mille ans, ces fabuleuses pierres dressées semblent défier le temps. Depuis fort longtemps, l’homme a tenté d’expliquer le pourquoi et le comment de leur présence, laissant ainsi la part belle aux mythes et aux légendes. Il faut attendre les années soixante pour que certains chercheurs, faisant fi des traditionnelles explications, avancent l’hypothèse que ces alignements mégalithiques, en sus de leurs fonctions religieuses et funéraires évidentes sont de gigantesques observatoires astronomiques. L’archéoastronomie était née.

 

De l’Antiquité tardive au Bas Moyen Age, synodes et conciles s’en sont pris au culte des pierres levées dans le but d’en interdire la pratique révélatrice de la permanence des anciennes croyances en ces temps où le christianisme triomphait des autres religions en Europe. Dans la tradition populaire, les mégalithes sont des vecteurs de magie blanche, le caractère phallique de certains monuments stimulerait la fécondité, favoriserait la santé… Au fil des siècles, face à la permanence de certaines superstitions liées aux mégalithes, l’Eglise chrétienne entreprend la christianisation quasi-systématique des sites mégalithiques. En effet, depuis 438, le code théodosien décide d’adapter ses cultes aux rites païens ancestraux. Des attributs chrétiens sont ajoutés ou sculptés à même la pierre, tel des crucifix…

 

Avec le temps, les hommes qui se sont penchés sur la question mégalithique ont souvent extrapolé au sujet de leurs fonctions. Aux XVII° et XVIII° siècles, les historiens affirment que les Gaulois juraient leurs traités aux pieds des mégalithes et que les druides et les prêtres sacrifiaient à la divinité, choisissant le plus souvent des êtres humains comme victimes. César dans sa « Guerre des Gaules » fait se rassembler les druides à Carnac. Une sorte de druidisme pseudo-historique- puisque sans preuves- se développe, faisant de nos ancêtres des sacrificateurs systématiques et cruels ; les ossements humains trouvés à proximité des monuments de pierre apportant alors de l’eau à leur moulin. A la fin du XVIII° siècles, la mode cède au druidisme, des hommes fondent des sociétés secrètes, où, lors des solstices, ont lieu de formidables cérémonies au flambeau à la gloire du paganisme d’autrefois. Au début du siècle, « la grande loge druidique de l’ancien ordre » se réunit à Stonehenge à 160 km de Londres. C’est l’heure de gloire du druidisme et de la celtomanie, ternie après guerre par les atrocités commises par les nazis qui se réclamaient aussi d’un certain paganisme antique…

 

 

02

 

Au XIX° siècle, les rationalistes et autres scientistes abordent le thème mégalithiques sous l’angle de la science et non plus du folklore. C’est le début de la géologie, l’Académie celtique naît. Suivant les aléas de l’histoire politique, elle se transforme en Société royale des Antiquaires de FranceC’est l’écrivain Prosper Mérimée qui est nommée inspecteur pour la surveillance et le classement des monuments, il est le premier à constater que ces alignements mégalithiques constituent une véritable architecture. L’époque des délires politico-religieux est définitivement révolue. Les fouilles et les explications quant à l’origine et l’utilisation de ces monuments affluent. Toujours au XIX° siècle, on découvre des mégalithes hors d’Europe. Les savants tentent alors d’établir une filiation spirituelle ou culturelle entre les différents monuments !

 

*** La fonction religieuse des mégalithes : palais des morts et des Dieux ***

 

 

 03

 

La société rurale de l’Europe occidentale qui se met en place au cours du VI° millénaire avant notre ère invente une religion liée au culte des ancêtres. Les mégalithes furent conçus à la base pour protéger les plus prestigieux de leurs morts ou pour les évoquer. Depuis cent mille ans, les hommes se sont préoccupés de leurs défunts. Avec le mégalithisme naît l’architecture funéraire en plein air en matériaux durables dont le but est de recevoir les corps des ancêtres selon des rituels compliqués et codifiés. Pendant le IV° millénaire, les tombes mégalithiques se multiplient dans le Midi, l’Espagne, les Pyrénées, les Causses, en Irlande, au Danemark, en Allemagne du Nord… Auparavant, elles étaient recensées en Bretagne et en Angleterre principalement. La théorie des alignements mégalithique en temps qu’autels sacrificatoires n’est plus envisagée. C’est pour répondre à des aspirations religieuses que les autorités politiques et ecclésiastiques du néolithique ont conçu les mégalithes.

 

 

*** Naissance de l’archéo-astronomie ***

 

 

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C’est vers 1723 qu’un certain William Stukeley réalise, en regardant les sites dAvebury et de Stonehenge en Angleterre, que ces monuments préhistoriques sont les architectures d’un vaste ensemble destiné à être vu de loin. Cette perspective est l’une des grandes originalités des sites architecturaux dit ouverts du type de Stonehenge ou encore de Carnac en Bretagne. Ces sites dit fermés comme les pierres levées isolées ou les tombes mégalithiques fonctionnent également avec la lumière solaire ou lunaire.

 

 

05

 

L’archéo-astronomie n’est pas une science nouvelle, bien que cette appellation soit récente. Le rapport entre les pyramides et obélisques égyptiens et l’astronomie, ou encore certains sites mayas ont été étudié, il y a déjà fort longtemps. Cette science mégalithique a deux patries d’élection ; la France, et plus particulièrement la Bretagne et les Iles Britanniques. Si les savants français furent de remarquables amateurs éclairés, les Anglais furent, eux, de véritables précurseurs. En 1963, Gerald Hawkins proposa de baptiser cette nouvelle science « astroarchéologique » ; pour ne pas la confondre avec une quelconque discipline divinatoire proche de l’astronomie , en 1967, Alexander Thom suggéra « astronomie mégalithique », terme qui reste en usage actuellement, mais auquel on préfère « archéoastronomie ». De nos jours, les archéologues admettent ne pas détenir toutes les clefs du portrait-robot de nos ancêtres, tandis que les astronomes ont peu à peu appris à prendre en compte les acquis de l’archéologie. Le site mégalithique de Stonehenge est l’exemple le plus flagrant- et le premier étudié de la sorte d’ailleurs- de l’interaction entre les deux disciplines.

 

*** Le site de stonehenge ***

 

06

 

 

Lorsque l’on arrive dans la plaine de Salisbury, entre Cornouailles et Pays de Galles, à 160 km à l’ouest de Londres, et qu’on voit se dresser progressivement le cromlech de Stonehenge, le visiteur est saisi d’un étrange sentiment ; le monument est trop grand pour être normal. Quelque chose de grandiose a du se passer ici ! Les cercles de pierres ont assez bien résisté à l’outrage du temps. A ce sujet, Stonehenge est le monument le plus visité en Angleterre après la Tour de Londres. Derrière le caractère impressionnant du gigantesque cromlech, se dessine une réelle réflexion architecturale. Les fouilles révèlent plusieurs étapes dans la constructions : C’est d’abord un fossé de 108 m de diamètre dont le remblais forme un talus intérieur, il est ouvert au nord-est, où furent creusés des trous qui ont leur importance. En un autre cercle de 86,70 m de diamètre furent creusés 56 trous ( les trous d’Aubrey ), espacés de façon régulière, larges de 75 à 180 cm et profonds d’à peu près 1,20m, tous rebouchés avec de la craie pilée. Enfin, à 30m au nord-est du fossé, fut dressé une pierre haute de 6m et pesant 35 tonnes : la Heelstone ou Pierre Talon. Au cours d’une seconde phase, aurait été amené en provenance des Prescelly Mountains, au Pays de Galles ( 213 km à vol d’oiseaux ), 82 « pierres bleues » de 5 tonnes chacune, disposées en un cercle inachevé au centre du complexe.

 

 

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Au départ de l’ouverture du fossé, au nord-est, fut creusé une avenue large de 12 m qui rejoint la rivière Avon à 3 km de là. Enfin, sur le cercle des trous d’Aubrey, auraient été disposés 4 Pierres d’Orientation formant un rectangle, et dont deux sont aujourd’hui visibles, les autres étant signalés par les monticules sur lesquels elles furent dressées. Cinq énormes trilithes formant un fer à cheval ouvert au nord-est, dont les montants mesurent 6 à 10 m avec des linteaux pesant jusqu’à 50 tonnes, se trouvent au centre du monument. En 1901, un astronome anglais, Sir Norman Lockyer mesura l’azimut ( angle formé par le plan vertical d’un astre ) du centre de l’Avenue et constata que le soleil se levait dans l’axe de celle-ci au moment du solstice d’été. Il détermina la date de construction de Stonehenge en pleine préhistoire, bien avant les druides à qui on en avait attribué la paternité. Pour ses calculs, il n’avait pas pris en compte les mouvements de la lune, ni la position de la fameuse Pierre Talon. Avec la découverte du Carbone 14, Stonehenge et les autres monuments mégalithiques retrouvent leurs véritables dates de naissance :

 

 

08
 

Ils furent majoritairement construit entre – 4800 et – 2000 ans ! Ce qui ferait des mégalithes, les plus anciens monuments du monde !

 

En effet, la plupart d’entre nous considèrent que les pyramides d’Egypte sont les monuments de pierre les plus vieux du monde et que c’est dans les terres du Proche-Orient que l’homme a construit ses premiers temples. La technologie aurait donc avancé de la Mésopotamie vers les terres du Septentrion. Certains pensaient même que le raffinement, certes relatif, d’un monument comme Stonehenge reflétait l’inspiration de la Grèce Mycénienne. La datation précise des mégalithes européen imposait alors un farouche démenti à ce que l’on croyait une vérité intangible… De plus, les dimensions du cromlech révèlent un parfait rectangle de type « pythagoricien » avant la lettre. Deux monuments illustrent le mieux la fonction d’observatoire de la course au soleil. Callanish Lewis, dans les Hébrides extérieures et bien sûr Stonehenge. A ce point précis du cromlech de Stonehenge, les deux cycles lunaires et solaires se recouperaient, rendant ainsi prévisibles les éclipses solaires. En Bretagne, les exemples de ce type abondent. L’Anglais Alexander Thom prouve que les alignements de Carnac ne sont pas dus au hasard esthétique, mais qu’ils résultent d’un savant calcul géométrique. La forme ovale est également omniprésente dans les alignements mégalithiques, une forme ovale tracée à l’aide d’un triangle pythagoricien.

 

 C’est ainsi que Thom démontre que l’alignement du Grand Ménec en Bretagne qui comprend 1169 menhirs divisés en onze rangées correspond à un calcul astral. En effet, l’axe  de l’alignement en partant des mégalithes les plus grands est orienté à 72°, mais à mi-chemin, existe un espace-charnière qui fait dévier l’alignement vers le nord de 6°, dans le but de suivre la position des astres dans le ciel. Les mégalithes bretons sont probablement les plus anciens au monde, ce qui signifie que ce système de calcul architectural pré-pythagoricien datent d’avant les pyramides. Les savants peuvent même, en extrapolant, prétexter que comme Pythagore aurait séjourné en Gaule, il aurait ramené des druides les bribes d’un savoir ancien qu’il aurait développé en Grèce. Mais là n’est pas le propos. En ce qui concerne Carnac, l’orientation de 72° n’est pas un hasard, c’est la seule latitude de l’hémisphère nord où l’angle formé par le soleil à son levé au solstice d’été et d’hiver forme cette valeur. A Stonehenge, on a pu démontrer dans les années 70 que le rectangle ( 2 triangles accolés ) est pythagoricien, et que les différents cercles de pierres dont nous parlions dans notre description du site ont été réalisé selon une progression arithmétique.

 

Mais il n’y a pas que l’arithmétique qui tend à prouver que les mégalithes ont un rapport étroit à l’astronomie ; effectivement , des fouilles ont mis en avant des ossements recouverts d’étranges inscriptions qui ne sont pas des œuvres d’arts gratuites. Alexander Marshack avait signalé en 1962 dans le « Scientific American » qu’un os vieux de 8500 ans découvert non loin d’un mégalithe du Congo portait des traces correspondant à des marques lunaires établissant des périodes allant de la nouvelle lune à la pleine lune. Il fit d’autres découvertes sensationnelles, comme une plaquette découverte en Dordogne datant de 33000 ans avant notre ère représentant 6 mois lunaires figurés par des cercles ou des croissants. Une autre plaquette osseuse plus récente montre un schéma lunaire de 11 périodes… Très tôt, l’homme a constaté une périodicité flagrante et régulière des cycles de la lune et du soleil. Si les connaissance astronomiques de l’homme remontent à une époque si reculée, ne nous étonnons pas de la portée astronomique des mégalithes qui sont beaucoup plus récent comme l’a prouvé la datation au Carbone 14. A l’aube de l’époque mégalithique, il y a 8000 ans à peu près, il s’est passé quelque chose en Europe. A l’époque romantique, les monolithes étaient censés être l’œuvre des druides, les rainures retrouvées sur certaines pierres plates étaient censées être des rigoles pour recueillir le sang des sacrifiés. Plus récemment, les mégalithes prirent une fonction funéraire, c’est sans doute le cas pour certains, mais les statistiques prouvent que relativement peu de sites avaient une fonction de tombeau. Monuments destinés à vénérer la terre nourricière ou au contraire à implorer la clémence des cieux ; les théories sont nombreuses. D’autres comme Colin Renfrew pensent que leur vocation était liée au culte des chefs ; les cromlechs comme des sanctuaires !

 

*** Conclusion ***

 

 

09 

 

 

Le point central du débat entre archéologues et astronomes est donc de savoir si les hommes de cette lointaine époque savaient ce qu’ils faisaient. Pour Alexander Thom, nos ancêtres contemporains des mégalithes n’avaient qu’une connaissance fondée sur l’expérience, et leurs alignements mégalithiques révèlent un sens de l’observation hors du commun et une patience à toute épreuve à une époque où la survie était le principal but de l’humanité. Pourtant si les déplacement du soleil sont globalement réguliers et donc observables, l’analyse du déplacement de la lune s’avère une tâche bien plus ardues…

 

 

Aura2
 

La taverne de l’étrange- 27 juillet 2006

 


 

 

Jeudi 27 Juillet 2006 à 15h50 dans La Bretagne mystérieuse1 commentaire(s)

 

10
 

Jadis peuplée de chevaliers, de fées et de magiciens, la forêt de brocéliande attire aujourd’hui touristes et illuminés en tout genre. Lieu emblématique des légendes celtiques, brocéliande catalyse les mythes anciens et modernes. Visite guidée de la forêt de merlin…

 

 

Huit mille hectares de bois épars au sein desquels les voies forestières sont autant de coupes claires, voilà ce qu’il reste aujourd’hui de Brocéliande. Bien peu, sans doute, en comparaison de l’'ancienne forêt où furent inscrites, comme on le raconte, les plus belles pages de la légende des chevaliers de la Table ronde. L'’origine de cette célèbre saga est incertaine. Elle appartient aux légendes du Saint-Graal- la coupe qu’'utilisa Jésus lors de la Cène et qui devait ensuite servir à recueillir son propre sang lors de la mise en croix. C’'est à sa recherche que le roi Arthur aurait envoyé les chevaliers de la Table ronde. La quête du Graal connaît seize versions peu ou beaucoup divergentes, toutes rédigées entre 1180 et 1230. La légende pourrait cacher un parcours initiatique. Peut-être le récit symbolique d'’une initiation druidique, christianisée lors de ses transcriptions au Moyen Age.

 

*** Fées et chevaliers ***

 

 

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Toujours est-il que le visiteur moderne, en pénétrant dans la forêt de Brocéliande, espère mettre ses pas dans ceux du chevalier Lancelot, de la fée Viviane ou de l’'enchanteur Merlin. Les noms des lieux parlent d’eux-mêmes. En pleine forêt, nous voici à la fontaine de Barenton. C’'est là que Merlin, conseiller du roi Arthur au royaume de Camelot, rencontra un jour la fée Viviane. Mal lui en prit. Séduit par la créature, Merlin allait apprendre à ses dépens que l’'amour d'’une fée est sans partage. Ayant soutiré à l’'enchanteur ses plus terribles sortilèges, Viviane n’'hésita pas à s’'en servir contre lui et à enfermer à jamais son amant dans une prison d'’air. Il y a un siècle encore, un cromlec’h ( cercle de pierres ), aujourd’'hui disparu, indiquait l’emplacement de ce drôle de cachot. Nous avons atteint le tombeau de Merlin.

 

Silence ! Du fond de son sommeil, le magicien pourrait bien nous entendre. Poussons plutôt nos investigations jusqu’'au Val sans Retour. Ici encore, c'’est affaire de fée, d’'amants et de prison. La gardienne des lieux s’'appelait Morgane, soeœur du roi Arthur. Aux chevaliers égarés, elle offrait tous les délices, tous les plaisirs… les privant en retour de leur liberté ! Un redoutable géant était chargé de veiller sur ce harem. Ceux que Morgane gratifiait de son amour étaient prisonniers à jamais. Et puis un jour apparut un nouveau chevalier. Il se nommait Lancelot du Lac. Lui seul sut affronter les sorts de Morgane. Le géant n’'était qu'’imaginaire ; brisant le charme, Lancelot libéra ses compagnons d'’infortune. Lancelot s'’y connaissait en maléfices. Enfant, il avait été enlevé par la fée Viviane, qui l’éleva dans le palais que Merlin lui avait bâti au fond d’un lac. Nous voici ainsi arrivés à l’'Etang de Lancelot. Nous pouvons encore remonter dans cette généalogie héroïque. Viviane était née de la couche du seigneur Dymas. Nous avons rejoint le château de Comper. C'’est derrière son imposante muraille que la fée aurait vu le jour…

 

 

13

 

Rebroussons chemin pour revenir vers le Tombeau de Merlin. A proximité, nous trouverons un filet d'’eau claire serpentant à travers la campagne : la fontaine de Jouvence dont les eaux assurent, dit-on, la jeunesse éternelle… Nous voilà parés pour une longue attente. Pour l’'heure, le roi Arthur est encore endormi. La légende raconte qu’'après que Merlin s’'était retiré du monde pour se jeter dans les bras de Viviane, le royaume de Camelot avait connu bien des vicissitudes. De nombreux chevaliers de la Table ronde étaient morts lors de la quête du Saint-Graal. Arthur, lui-même mortellement blessé à la bataille de Camlan, avait été emporté par les fées sur l’'île mythique d'’Avallon où il sommeille encore. Mais quand Merlin se réveillera de son sommeil, il fera sonner sa harpe d'’or, réveillant à son tour son vieil ami Arthur.

 

*** La forêt magique ***

 

 

14
 

Quand la légende est si riche, la réalité ne peut en sortir tout à fait indemne. Aujourd’'hui, la forêt de Brocéliande n’'a pas d'’existence administrative. C’est sous le nom de forêt domaniale de Paimpont qu’il faut la chercher sur les cartes, dans le département d’'Ille-et-Vilaine ( Bretagne ), non loin de Rennes. A défaut de personnages légendaires, on y croise des êtres étranges au discours surprenants. Parmi eux, les exégètes du lieu, qui savent mieux que quiconque vous dévoiler les prétendus secrets de la forêt magiques. Prenez-vous les pieds dans une racine et, avec le plus grand sérieux, ils vous prétendront que la forêt vous « refuse ». Prenez garde à ne pas la contrarier, vous pourriez vivre d’'étranges aventures !  Autre rumeur : il ne ferait pas bon se perdre en Brocéliande… une boussole ne vous serait alors d’'aucun secours. A l'’approche du Val sans Retour, les meilleurs compas ne s'’affolent-ils pas ? Et les mêmes d’'ajouter que des militaires du camp de Saint-Cyr Coëtquidan, situé à côté, en auraient fréquemment fait l’'expérience au cours de leurs manœoeuvres…

 

 

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Pour les sceptiques, il existe même une expérience des plus simples à réaliser. Puisez donc un peu d'’eau à la fontaine de Barenton, puis jetez-la sur le perron de Merlin, la pierre plate ou jadis l'’enchanteur aimait à rencontrer la fée Viviane. Il ne devrait guère s’'écouler plus d’'une minute avant que n'’éclate un puissant orage ! Prêter des vertus magiques à la forêt de Brocéliande n’'est pas l’'apanage de quelques initiés. Pour preuve, le visiteur attentif découvrira à l'’emplacement du tombeau de Merlin, près d’un houx, deux rochers de schiste rouge. Pendus aux branches ou glissés dans les anfractuosités de la pierre, ce ne sont que breloques- chapelets, couronnes de fougères, pièces d'étoffes, etc.- et petits morceaux de papier. Les premières sont des offrandes. Rien de plus normal puisque les seconds portent les vœux griffonnés par les visiteurs. Aux uns Merlin accorderait la guérison, aux autres une longue vie.

 

 

*** Le retour de Merlin ***

 

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L’'enchanteur se préoccuperait-il de simples mortels ? C’'est en tout cas ce que suggère une autre légende, contemporaine celle-là, touchant un autre haut lieu de Brocéliande : l’'Auberge du Tertre. Il y a plusieurs décennies de cela, l’'endroit vivait au rythme des prophéties de sa propriétaire. On l’'appelait la « Grande Dame ». Elle portait aux enfants une attention toute particulière. A l’'un d’eux ( ses parents avaient fait halte pour la nuit dans son auberge ), elle fit cette étrange prédiction : « Un jour, rappelle-toi, ce lieu t’appartiendra… »

 

Bien des années plus tard, le hasard conduisit de nouveau les pas de notre jeune visiteur, devenu adulte, jusque dans la forêt bretonne. Là, un panneau signalant une bâtisse à vendre attira son attention. Le lieu lui rappelait vaguement quelque chose. Il s’'agissait d’'une auberge…. A l’'intérieur trônait un grand portrait. L’'homme comprit enfin. Il avait devant lui la « Grande Dame »- entre-temps décédée-, dont les étranges propos étaient restés jusque-là tapis au fond de sa mémoire…. On l’'aura deviné, l’'enfant de la prophétie devint propriétaire de l'auberge. Mais les choses ne devaient pas en rester là. Un soir, un visiteur inattendu poussa la porte de l’'auberge. Quelque client attardé ? Le maître des lieux pressentit immédiatement qu'’il n’'en était rien. Laconiquement, son visiteur le lui confirma : « Tu sais qui je suis ! » Et l’'apparition de s’'en repartir comme elle était venue. Car de sa barbe à ses habits, de son port de tête à la profondeur de sa voix, pas de doute, c’'est de Merlin qu'’il s’'agissait !

 

*** Fous de la forêt ***

 

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Les rumeurs qui courent sur Brocéliande ne se vérifient pas toujours, loin s’'en faut. On peut asperger le perron de Merlin sans provoquer d’averses et se promener au Val sans Retour sans risquer de se perdre ou de détraquer sa boussole. Il n’'empêche ! Les légendes ont la vie dure. La magie des lieux, ou au moins celle qu’on lui prête, attire dans la forêt une foule de personnages plus improbables les uns que les autres… Longtemps, on a pu voir une femme mystérieuse aux abords de la fontaine de Barenton. On avait coutume de la présenter comme la gardienne de l’'endroit. En plein hiver, il n’'était pas rare de l’'apercevoir trempant sa longue chevelure noire dans les eaux glacées de la fontaine. Habillé de blanc, la harpe à la main, le personnage pouvait sembler sortir tout droit d'’une image d’'Epinal…, il n’'en était pas moins réel. Un jour, sans crier gare, la gardienne déserta Barenton. Depuis, d’'autres originaux ont rejoint la forêt. Ceux-là aussi peuvent faire croire au visiteur qu'’il vient d’'effectuer un bond en arrière dans le temps. Epée ou lance à la main, vêtements moyenâgeux et bijoux celtes, ces barbares modernes font souvent résonner Brocéliande du cliquetis de leurs armes. Qu’'on ne s’'y trompe pas, il ne s’'agit pas ici de déguisement ou de « jeu de rôles ». Plutôt d’'une forme étrange de retour à la nature mâtiné de mysticisme celte.

 

*** Exigez le druide ***

 

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Un endroit étrange où il règne une atmosphère particulière...

 

 

En Brocéliande, on peut aussi croiser quelques druides, comme il se doit, surtout depuis que certains se sont installés dans le bourg voisin de Paimpont, où ils tiennent boutique. Mais il serait faux de croire que seuls les nostalgiques de la quête du Graal ou de la cueillette du gui peuplent la forêt. Brocéliande est, en fait, devenu petit à petit le carrefour des spiritualités les plus hétéroclites. Des quatre coins d'’Europe on afflue vers la forêt bretonne. Si on la désigne fréquemment comme un lieu où souffle l’'Esprit, force est de constater que ce souffle-là prend des allures de tourbillon syncrétique ! D’'aucuns ne cherchent-ils pas à Brocéliande l’'une des portes de l’'Agartha, citée souterraine et magique du Tibet où régnerait le roi du monde ? Et que dire de ceux qui vous tirent les cartes les soirs de pleine lune ? Des cars débarquent aussi de curieux touristes « new age » pour de brèves séances de méditation, sur ces lieux que l’'on dit chargés de toutes les énergies. Mais les mystères de Brocéliande ne sont pas uniquement d’'ordre spirituel.

 

*** Enterrée vivante ***

 

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Depuis fort longtemps, les noires futaies de Brocéliande ont servi de paravent aux affaires les plus étranges. A Trécesson, aux abords de la forêt, se dresse un imposant château fort du XV° siècle. Et c’est là, raconte-on, que fit halte un carrosse un soir de l’'année 1750. Il en descendit un étrange équipage composé de deux rudes gaillards encadrant une jeune femme aux allures de mariée. Les hommes entreprirent de creuser ce qu'’il faut bien appeler une tombe, où la femme vêtue de blanc s’'allongea sans opposer de résistance. Sous les yeux médusés d’'un braconnier dissimulé derrière un arbre, les mystérieux fossoyeurs recouvrirent de terre la malheureuse, puis s’'en repartirent comme ils étaient venus. Bien que le braconnier ait tout de suite alerté le voisinage, il était trop tard. Déterrée à la hâte, la victime ne put être réanimée. Elle mourut, sans qu’on sache le fin mot de cette étrange histoire. Près de deux siècles et demi plus tard, on peut encore assister en Brocéliande à des évènements qui ne dépareraient pas dans les meilleurs romans policiers. On a vu récemment la gendarmerie donner la chasse à un « Rambo » retranché dans la forêt. Après une course-poursuite mouvementée, l’'homme, portant treillis militaire et le visage camouflé à la façon des commandos, fut arrêté et son refuge investi. A l’'abri d’une clôture électrifiée, deux molosses se chargeaient jusque-là de dissuader les curieux. Dans le véhicule du « Rambo de Brocéliande », les gendarmes découvriront un incroyable stock d’'armes comprenant des armes de poing, un fusil d’'assaut et des poignards. Ce n'’est pas la première fois que le nom de Brocéliande est associé à des activités pour le moins martiales. Rappelons-nous qu’'un jour Arthur doit revenir, réveillé par la harpe de Merlin. La légende raconte encore que ce jour-là, les Celtes formeront une puissante armée qui, au service du roi, partira à la reconquête de la « Grande Celtie ». Fantasme néo-païen ? Assurément. Mais c’est assez pour que certains nationalistes « panceltes » voient dans la forêt légendaire le point de départ de leur future lutte de « libération ».

 

 

15
manoir du tertre- Geneviève Zaepffel (cadre).

 

En attendant, d’'autres dangers guettent Brocéliande. Entre l'’incendie qui a dévasté, en 1990, le Val sans Retour et le tracé de la voie express Rennes-Vannes qui a encore rogné sur ce qu’'il reste de la forêt, on peut s'’interroger sur le devenir du site. D'’autant que certains historiens, aujourd’'hui, remettent en question son authenticité. Mais une chose est sûre : même réduite en cendres ou partiellement recouverte d’'asphalte, ou même déchue de son statut historique, la forêt de Paimpont restera longtemps encore le rendez-vous de ceux pour qui les légendes, parce qu’'elles ne meurent jamais, comptent davantage que la réalité.

 

 20

 

*

 

http://www.broceliande-pays.com/

http://www.broceliande-tourisme.info/

http://www.centre-arthurien-broceliande.com/

http://www.sauvegarde-broceliande.org/

http://magedebroceliande.com/

http://www.bretagne.com/fr/patrimoine/contes_et_legendes

 

info :

 

Je cherche une photo du médium Geneviève Zaepffel, le portrait se trouve à l'auberge " le manoir du tertre " à Brocéliande. C'était l'ancienne propriétaire des lieux. Si vous passez par là, merci de prendre une photo d'elle... ( plus d'info ici : dans Les lieux hantés, concernant le manoir du tertre )

 

 

La taverne de l’'étrange- 21 août 2006 (mise à jour le 25/09/2012)

 

Lundi 21 Août 2006 à 20h10 dans La Bretagne mystérieuse5 commentaire(s)

 

LA LEGENDAIRE VILLE D’YS 

En cette nuit du 14 juillet 1974, tout devait se passer au mieux. Et pourtant, les équipages de deux chalutiers bretons de Douarnenez demeurèrent muets de stupeur. Droit devant eux, dans la baie des Trépassés, non loin de la pointe du Raz, là  où normalement régnaient la nuit et l’océan, une véritable ville éclairée, entière, vivante, bruyante, surgissait des flots comme par enchantement, comme par miracle. 

 

Les capitaines des bateaux de pêche durent faire un détour malgré l’invraisemblance du phénomène : c’était bien une vraie ville en pierre. Et tous les marins, sans exception, du patron au mousse, se rappellent avoir entendu sonner les cloches, le tocsin et des rires funèbres qui roulaient en cascade. De quoi faire dresser les cheveux sur la tête des marins les plus endurcis. Les plus anciens d’ailleurs se taisaient et essayaient de se souvenir des prières apprises dans leur enfance. Ils venaient de s’apercevoir que cette nuit était un dimanche. Or, selon la légende, c’est justement le second dimanche de juillet, tous les sept ans, que la ville d’Ys, la ville maudite, la ville engloutie à cause de la luxure et de la débauche de la reine Dahut, réapparaissait au large de la pointe du Raz.

ALORS, LES VIEUX LOUPS DE MER SUPPLIERENT LE SEIGNEUR DE LEUR EPARGNER LES FAVEURS DE LA PRINCESSE MAUDITE. CELLE QUI, UNE FOIS RASSASIEE DE LEURS CORPS, LES JETTERAIT EN SACRIFICE AU DIEU DE LA MER…

Car telle est l’histoire fabuleuse et tragique, telle qu’on la raconte toujours aux enfants. A Quimper, en grand deuil, en grande tristesse, a vécu Gradlon, roi de Cornouailles. Les choses allaient ainsi depuis qu’était morte la reine Malgwen, son épouse, la plus belle des femmes quand la vie colorait encore ses traits. Pour ne pas sombrer dans le plus total désenchantement, le roi se remémorait ses hauts faits guerriers et ses prouesses dans les fjords et les cités lointaines des terres du grand Nord. Avide de butin, il équipait ses flottes et s’en allait pirater au septentrion. Un beau jour, sa fortune tourna. A l’issue des batailles sanglantes, bon nombre de ses solides Cornouaillais étaient restés enlisés, morts, dans le sable étranger.

GRADLON SENTIT QUE SON DESTIN S’ENCHAINAIT LA. IL REGARDA TRISTEMENT SES HOMMES EMBARQUER. UN SOIR, IL SE TROUVA SEUL AU PIED DES REMPARTS IMPRENABLES ; POUR LA PREMIERE FOIS, IL CONNAISSAIT L’AMERTUME DES VAINCUS, SOUDAIN, IL RELEVA LA TÊTE, CAR IL AVAIT SENTI UNE PRESENCE.

Blanche dans le clair de lune, la cuirasse et le haubert ruisselant de clarté, se tenait une femme aux cheveux roux, belle comme une déesse de la guerre. Un véritable enchantement luisait dans ses yeux. C’était Malgwen, reine du Nord.

« Je te connais, étranger, tu est courageux. Tu as pensé qu’un cœur valait des armées. Mon époux est vieux. Son épée est rouillée, nous le tuerons et tu m’emmèneras dans ta Cornouailles. »

Par un crime, le roi d’Armorique conquit une femme. Et quelle femme ! Pour fuir, la reine Malgwen le fit monter avec elle sur son cheval magique « Morvarch’ ». Gradlon prit Malgwen en croupe, et rabotant la crête des vagues, le cheval porta les deux amants jusqu’aux nefs bretonnes. Un orage dispersa la flotte. Pendant une année entière, ils voguèrent aux hasards des mers. De leur union naquit une fille. Mais la belle reine de Septentrion mourut en mettant au monde le fruit de leur péché. La petite princesse Dahut grandit. Elle fut bientôt en âge de devenir capricieuse et persuada son père de lui faire construire une ville pour elle toute seule. « Sa » ville, au bord de la mer ! Gradlon, subjugué et charmé, consentit. Et la ville de Dahut s’éleva. Un jour que Dahut flânait au bord du rivage, ce fut le coup de foudre, elle tomba à genoux devant les flots et s’écria :

« OCEAN, ROULE-MOI SUR LE SABLE, POSSEDE-MOI DANS TES VAGUES, JE SUIS TA FIANCEE ! TOI, QUI ES TOUT PUISSANT, DONNE-MOI LE CŒUR DES HOMMES FAROUCHES ET DES FRELES ADOLESCENTS SUR QUI J’ABAISSE MON REGARD… »

L’Océan consentit dès lors à tous ses caprices. Dahut devint l’impératrice d’un peuple de pilleurs d’épaves. La ville d’Ys devint un lieu de luxure, de débauche, du plaisir le plus sordide. Chaque soir, la diabolique princesse ensorcelait une nouvelle victime. Au point du jour, les serviteurs s’emparaient alors du malheureux et lui enfilaient de force un masque magique qui, au contact de son visage, étouffait l’amant d’une nuit. Un cavalier en manteau noir, monté sur un cheval noir, portait le corps en travers de la selle, et s’en allait le lancer dans l’enfer de Plogoff, où il se fracassait dans la baie des Trépassés. Aux environs du printemps, arriva un chevalier vêtu de rouge, sur un cheval rouge, aux ongles aigus et recourbés. Il ne répondit pas au sourire de Dahut. Un soir, l’étranger promena sa main dans la chevelure de la princesse. Soudain, un bruit sourd et violent comme un coup de boutoir se fit entendre du côté de la digue.

« Que la tempête rugisse et nous assaille, dit Dahut, les portes de bronze la brave et nul autre que le roi, mon père, ne possède la clef qui les ouvre ! –BELLE, ME DONNERIEZ-VOUS CETTE CLEF ? LE ROI NE LA QUITTE JAMAIS, CERTES, MAIS IL DORT, LA LUI DEROBER SERAIT PARTI FACILE ! POUR L’AMOUR DE MOI, ALLEZ CHERCHER CETTE CLEF ! »

Gradlon dormait, alourdi par le vin, et ce fut pour Dahut un jeu d’enfant. La clef en main, le chevalier, vif comme l’éclair, courut ouvrir les fameuses portes… Une vague haute comme une montagne s’apprêta à déferler sur la ville. « Vite, mon père ! hurla Dahut, Morvarch’ !!! L’océan a renversé la digue. » Le roi prit sa fille en croupe, comme jadis sa mère. « L’océan, mon époux, réclame sa proie, hurlait Dahut, sauvez la fille de votre reine Malgwen ! » Une voix formidable rebondit de rocher en rocher : « Lâche le démon qui te tient ! », hurlait au roi la voix terrible dans la nuit. Une forme pâle comme un cadavre enveloppée dans un suaire se dressait sur un promontoire. C’était Saint Guénolé.

« Malheur à toi ! clamait le saint. –POUR L’AMOUR DE MA MERE, SAUVE-MOI, PERE, EMPORTE-MOI AU BOUT DU MONDE ! GEMISSAIT LA FILLE IMPUDIQUE. »

L’étreinte de la princesse Dahut se resserrait autour de la taille de son père. Mais soudain, Gradlon, dans un trou d’air, se dégagea et abandonna sa fille au châtiment divin réclamé par saint Guénolé. Les flots déchaînés se refermèrent sur la maudite dans un bruit d’enfer. Dans l’abîme noir, une sarabande de spectres apparut, qui tendaient leurs ongles pour se saisir de la malheureuse. C’étaient ses amants d’un soir qu’elle avait fait étrangler. Ils criaient vengeance et s’apprêtaient à lui faire subir mille tortures dans le royaume de Satan. Non, vraiment, les marins des deux chalutiers de Douarnenez qui ont vu en 1974 surgir la ville maudite sous leurs yeux n’avaient pas le cœur à rire et à plaisanter en recommandant leurs âmes à Dieu. Demain, après une folle nuit de débauche, l’affreuse ville d’Ys rentrerait dans les entrailles de la terre pour une période de sept ans…

MAIS AVANT, MIEUX VALAIT NE PAS TROP S’APPROCHER…

Lundi 14 Septembre 2009 à 16h10 dans La Bretagne mystérieuse1 commentaire(s)

 

EN BRETAGNE, LA MORT EST DE TOUTES LES LEGENDES…

 

Le soleil décline lentement sur l’horizon… La lande bretonne se teinte de couleurs étranges. Décharnés, les arbres qui bordent le chemin, semblent tendre vers le ciel violet leurs mains suppliantes. Ronan est certes un solide gaillard aux larges épaules, peu impressionnable, et près des réalités de la terre et de la vie, il n’aime guère cependant rentrer chez lui, au hameau, à cette heure crépusculaire… Les jacassements lugubres des corbeaux dans ce ciel de novembre semblent parler une langue inconnue… Comme s’il se préparait quelque chose ! L’angoisse monte vite dans ces cas-là : le moindre soupir du vent dans les halliers, la rumeur la plus lointaine prennent soudain une signification bizarre. Et puis, ce chat noir croisé tout à l’heure et qui a détalé à quelques centimètres, devant lui, lui laisse au cœur une impression pénible… Ronan presse le pas. Le hameau n’est guère loin maintenant, deux kilomètres au plus, et, dans quelques minutes, devant la table, avec sa femme et ses enfants, il aura oublié ses angoisses…

 

LA CHARRETTE FANTÔME

Brusquement, l’homme tend l’oreille : loin derrière lui, il vient de percevoir clairement, porté par une rafale de vent, le bruit caractéristique des roues d’un chariot. Bientôt, il distingue, allant en se rapprochant, le trot saccadé d’un cheval. Ronan ne peut réprimer un tressaillement. Et pourtant, quoi de plus naturel qu’un attelage qui rentre à la ferme, les travaux des champs achevés ? Certes, mais cette heure, « entre chien et loup », apporte avec elle des résonnances mystérieuses, qui font battre plus fort le cœur du Breton le plus sceptique, le plus cartésien… La charrette n’est plus qu’à une dizaine de mètres, à présent. Ronan se range le long du chemin pour la laisser passer. Et ses yeux s’agrandissent : dans un vacarme d’enfer, l’attelage passe devant lui, dans un grand souffle glacé : tenant les guides, un être repoussant, au faciès squelettique qu’encadre une chevelure blanche, vêtu de noir, tourne vers lui sa face grimaçante et éclate d’un rire hystérique. De l’autre main, la créature tient, entre ses doigts décharnés, une longue faux dont la lame acérée brille d’un éclat insoutenable ! En un éclair, Ronan a reconnu le Karrig an Ankou, le convoi monté par la mort elle-même. Il veut hurler mais aucun son ne franchit ses lèvres… Tremblant de terreur, il porte la main à son cœur et s’effondre sur le tapis de feuilles sèches… mort ! Pendant que décroît, dans le lointain, le grincement des essieux du sinistre chariot…

LE NAVIRE FANTÔME

C’est là l’une des nombreuses légendes que se racontent parfois, le soir autour de la table, les vieux et les vieilles du pays hanté de Bretagne. Car, s’il est une terre, en France, où la mort est présente à chaque seconde, en maint lieu, c’est bien sur ces landes brumeuses, au bord de la mer déchaînée et hurlante. Depuis toujours, marins et paysans portent au cœur l’angoisse de la Camarde. Et le Karrig an Ankou est, de toutes les légendes, la plus représentatrice de la mythologie bretonne. Il en existe cependant une autre version, plus particulièrement répandue dans la région de la Pointe du Raz et de la Baie des Trépassés, là où l’on peut entendre, la nuit, hurler et gémir les âmes des morts sans sépultures, des « naufrageurs », et de tous les marins incroyants : C’est à la Pointe du Raz que l’ankou se rend, nocturnement, pour venir chercher son chargement d’âmes, qu’il mènera ensuite, par-delà l’Île de Sein, par-delà les étendues marines ! L’Ankou n’est pas le pilote des vaisseaux funèbres, il n’en est – pourrait-on dire – que l’armateur. Régulièrement, chaque année, il part à la recherche d’un capitaine pour ses barques funéraires : lorsque la barque s’approche du rivage, on n’aperçoit personne à la barre, personne à l’intérieur et, cependant, elle ne dépasse que de quelques centimètres au dessus de la crête des vagues… comme si elle portait un lourd chargement ! Puis, porté par les bourrasques, une voix sourde monte de l’embarcation, appelant par son prénom un pêcheur résidant non loin de là… L’homme qui s’entend ainsi appeler n’ignore pas la redoutable tâche qui va être la sienne : il descend sur la plage et monte dans la barque chargée des âmes des croyants. Et c’est au milieu du concert effroyable des âmes errantes des marins morts en état de pêché qu’il prend place au gouvernail et met le cap sur l’Île de Sein. Parvenue en ce lieu, la barque devient soudain plus légère les âmes des morts l’ont quittée pour rejoindre la terre du repos éternel. De retour sur la plage, le « capitaine » a la surprise de s’apercevoir que l’embarcation disparaît en quelques secondes, comme une brume visionnaire ! Parfois encore, certains dormeurs s’éveillent au cours de la nuit, entendent frapper à leur porte : ils savent que l’Ankou les appelle pour passer dans l’autre monde des « Anaon », les âmes des trépassés. L’itinéraire de la barque varie selon les régions de Bretagne : il s’agit tantôt d’une rivière, tantôt encore d’un bras de mer, ou bien de la mer elle-même. Mais la destination demeure toujours la même : la terre des Morts est située quelque part au-delà de l’Île de Sein…

SPECTRE DE NAUFRAGEURS ET VAISSEAUX ERRANTS

La mythologie de la mort, en Bretagne, est indissolublement liée à la mer. Ainsi, gare à celui ou celle qui, se trouvant, à la nuit tombée près d’une plage déserte, s’entend appeler par son nom… Il s’agit certainement du spectre errant d’un de ces naufrageurs qui, jusqu’au XIXe siècle, faisaient échouer les vaisseaux sur les récifs, assassinaient leurs équipages et s’emparaient des richesses qu’ils contenaient ! Répondre aux lamentations de cette âme perdue, c’est prendre le risque mortel de se voir entraîner, au fond de la mer, par deux mains d’os qui ne vous lâchent plus ! Pour éviter ce piège, il suffit tout simplement de ne pas répondre à l’appel et de se signer : le mort regagnera aussitôt les abîmes infernales de son enfer marin ! La mer ! La mer presque toujours présente dans les légendes du littoral breton… Quel vieux marin ne vous contera pas, si vous le mettez en confiance, qu’il a de ses yeux vu l’un de ces bâtiments errants qu’on appelle vaisseau fantôme ? Si, de surcroît, vous commandez une vieille bouteille d’hydromel, il se confiera encore davantage : ce bateau, qu’il a aperçu, toutes voiles dans le vent, au large d’Ouessant, il est monté à bord… Les mains rivées sur la roue du gouvernail, sans regard au creux de ses orbites vides de squelette, un mort, très vieux, portant l’antique costume des corsaires, un sabre ébréché passé dans sa ceinture de cuir, guide le vaisseau dans sa course éternelle… Des morts et encore des morts dorment sur leurs paillasses ! Et ce sont encore des morts qui sont rassemblés dans la cabine du capitaine, autour d’une grande table chargée de mets et de cruches ! Aux sabords dépassent les gueules des canons perdus dans l’immense toile d’araignée et muets pour toujours ! Et le vieux pêcheur vous dira encore, à l’aube, lorsque la bouteille sera vide et que le coq commencera à chanter, que, remonté dans sa barque, il a aperçu, appuyée aux bastingages du vaisseau, une femme d’une beauté merveilleuse qui l’appelait ! Tel Ulysse refusant l’appel des Sirènes, il s’est bouché les oreilles pour ne plus entendre l’écho de cette voix sublime, déchirante… Car, s’il était remonté à bord du navire, c’est lui qui aurait remplacé le timonier… jusqu’au où un autre pêcheur aurait répondu à la voix et serait lui aussi monté à bord du vaisseau fantôme !

LES ÂMES DES MARAIS

Bretagne, pays de mer houleuse et vengeresse, mais aussi redoutable terre de marais ! Sous les eaux fangeuse et putrides de ces immenses étendues marécageuses, dorment des monstres qui, la nuit venue, dévoilent au passant attardé l’inhumaine horreur de leur face ! A une soixantaine de kilomètres au nord-est de Nantes, il existe un petit bourg charmant : Saint-Joachim, perdu au centre de la Grande Brière un vaste marais de 50 km2. Jadis un grand parc couvrait la région alentour. Cerné par ses merveilleux arbres séculaires, s’élevait un château de rêve, dans le secret duquel dormait un prodigieux trésor. Mal en prit à un magicien qui voulut s’emparer de ces richesses : tel l’apprenti sorcier, il déchaîna les eaux et les vents sur la contrée ! Et le trésor lui échappa ! Mais un nain qui prenait la fuite avec le trésor s’alla cacher sous le dolmen de Crugo et s’y trouve encore aujourd’hui… Depuis ce temps, des créatures monstrueuses hantent les marais : ainsi, dans les alentours de Mayun il est possible d’entendre, certains soir de tempête, les cris sinistres de Couertais, un colosse mesurant plus de trois mètres ! Prenez garde ne lui répondez surtout pas… Vous trépasseriez dans l’année, cela est certain ! Veillez également à ne pas rencontrer le Patou, spectre décapité, errant, son bâton dans la main, et poussant d’horribles hurlements dans la nuit des marais ! Patou affectionne plus particulièrement de s’asseoir sur le menhir de la « Vacherie », non loin de Donges… Si d’aventure vous montez à bord d’une barque et que vous décidiez de parcourir romantiquement les marais à la nuit tombée, ne vous inquiétez pas trop si vous apercevez, derrière votre embarcation des lueurs bizarres : il s’agit tout simplement des âmes errantes de victimes sacrifiées par les Druides de la Gaule Antique sur leurs autels de pierre… Certes, les siècles ont passé depuis, mais ces morts ne sont pas parvenus à trouver le repos éternel… Dans certaines petites chapelles de la région, vous apercevrez parfois de très vieilles femmes allumer des cierges et murmurer des prières pour le repos de ces âmes malheureuses…

LES LAVANDIERES DE LA MORT…

Les étendues marines, les marais, les sources et, les fontaines et les puits sont, en terre bretonne, les lieux de prédilection des esprits, des fées, des diables et des morts purgeant en ces endroits quelque antique châtiment… Ainsi, les vieux et les vieilles du pays de Bretagne évitent, la nuit, les abords de certaines mares ou étangs : ces étendues d’eau morte sont le lieu de rendez-vous des « Lavandières de la mort »… Si l’envie vous vient, intrigué, de vous approcher de l’une d’elles et surtout de lui adresser la parole, il vous en coûtera fort cher : elles se précipiteront sur vous, envelopperont votre corps dans l’un de leurs draps et le jetteront dans les profondeurs de la mare ! Parfois encore, au soir du Vendredi Saint, vous serez peut-être fort étonné d’entendre, dans la nuit, le claquement sec du battoir sur le linge… Surtout, ne vous approchez pas ! Car alors, les lavandières fantômes vous crieraient, de leur voix étrange : « Voici ton linceul. Il t’attend ». En un tournemain, elles se saisiraient de vous, vous envelopperaient de leur drap mortuaire et vous tordraient comme un vulgaire bas ! En Basse Bretagne, l’aventure coûta fort chère à une jeune fille qui passait de nuit près d’une mare elle vit, sur l’autre bord, une lavandière revêtue du costume traditionnel. Le fantôme déclara qu’elle blanchissait le drap dans lequel, le lendemain soir, on ensevelirait le corps du père de la jeune fille !

UNE MESSE POUR UN PRÊTRE DISTRAIT !

Il est peu de régions, en France où le concept de pêché et de châtiment soit à ce point répandu : les morts parjures, infidèles, menteurs, méchants, sont condamnés à revivre, sur les lieux mêmes de leurs forfaits et crimes, quelques instants de leur existence, parmi les plus pénibles… Batz est une petite bourgade perdue sur une lande rase battue par les vents qui soufflent en tempête… Il s’y dresse encore une petite chapelle, « La Chapelle de Crucifix » où Saint-Félix lui-même, évêque de Nantes, vint baptiser quelques uns de ses disciples… Il y a encore quelques années, le passant attardé avait la surprise d’apercevoir, derrière les verrières de la nef, une petite lumière blanche et tremblotante : à l’intérieur du sanctuaire, un malheureux prêtre, pour avoir omis de célébrer une messe que lui avait demandé un fidèle, officiait, chaque nuit, devant une assemblée de morts ! Supplice raffiné de l’au-delà : il ne pouvait que commencer ses prières mais avait reçu l’interdiction de les achever ! Cela ne lui serait enfin possible que le jour, tant attendu, où un vivant accepterait de lui répondre… Et puis un jour, un jeune ouvrier passant au cours de la nuit devant la chapelle trouva le courage d’y entrer et de répondre au malheureux ministre de Dieu… qui put enfin terminer son office posthume… Depuis ce jour, la petite lumière blanche, derrière les verrières de la nef, a disparu !

LA CLOCHE DE LA MORT !

Bretagne : la mer, les eaux mortes et les eaux vives servent de refuge secret aux myriades de créatures hantant les abîmes de la nuit. Mais sur cette terre se dressent aussi d’étranges et antiques édifices de pierres : les dolmens et les menhirs… Ces architectures « primitives » représentent également les lieux d’asiles des êtres venus des ombres de la nuit, de l’Enfer ou du Paradis. La route qui relie le bourg au village du Houx, situé au nord de la forêt de l’Arche, passe non loin d’un monument mégalithique que les habitants de la région appellent le « Dolmen du Peron » ou la « Pierre des Gaulois »… Ils affirment que, si l’on approche l’oreille de la dalle qui recouvre l’édifice, il est possible d’entendre le son grave de la cloche qui s’y trouve enfermée… Cela, sans prendre aucun risque. Mais, il en va différemment si vous tentez l’expérience au cours de la nuit… Car, dès la venue du crépuscule, apparaît, dans les parages du dolmen, un monstre épouvantable la Bête de Béré ! Et les vieux racontent volontiers que cette créature présente un aspect si terrifiant que les malchanceux qui l’ont aperçues sont morts sur l’instant ! Personne n’a jamais pu la décrire…

 

LES INTERSIGNES

 

Dieu, que la Bretagne est terre charmante pour ceux qui, pendant quelques jours, tentent d’y oublier les tracas de leur vie… La mer y resplendit sous le soleil. La lande fleurie sent si bon. Les chemins creux sont plein d’oiseaux… Délicieux pays tant que brille le rassurant soleil. Mais, attention : prenez garde aux signes du destin. Sachez que sur ce sol marchent, dès la tombée du jour, d’autres créatures que nous et que les fées, les farfadets et les korrigans multiplient les signes ; clins d’œil de l’au-delà qui annoncent toujours une mort prochaine. Cependant rassurez-vous : les intersignes ne s’adressent généralement pas à la personne qui les voit… ainsi, lorsqu’une personne meurt dans une région éloignée de celle où résident les siens, ses parents et amis entendent, la nuit, des coups frappés, des pas dans le grenier… Des mains fantomales griffent leurs corps, tirent les draps, des chandelles errent dans l’obscurité, des mains sans bras apparaissent dans les ténèbres, des gouttes de sang perlent sur les murs des greniers… De même, les menuisiers qui fabriquent les cercueils savent par avance si une personne doit mourir, dans la journée ou la nuit suivante : ils entendent le bruit des planches se heurtant entre elles dans les greniers ou parfois encore comme un gémissement plaintif… Le prêtre breton reconnaît à un certain signe, qu’il tient secret, si l’âme du mort est sauvée ou damnée, au moment précis où le cercueil atteint le fond de la fosse ! Le même prêtre, à l’instant où il jette la première pelletée de terre sur le sarcophage, peut connaître instantanément le sort de l’âme du défunt, dans son livre d’heures… Mais gare à lui s’il dévoile ce terrible secret : il remplacerait, tôt ou tard, le mort brûlant dans les flammes de l’éternelle damnation ! Mais si le prêtre a connaissance du destin posthume des mortels, chacun ici-bas peur également avoir accès à cette technique. La pratique est simple : immédiatement après la cérémonie du cimetière, l’on doit se rendre en un endroit élevé et découvert. Parvenu sur le promontoire dominant une large étendue de terrain, l’on prononce très fort le nom du mort par trois fois, cela dans trois directions opposées : si une seule fois seulement l’écho renvoie ce nom, il est certain que l’âme est sauvée !

 

LA MORT N’EST PAS LOIN

 

En Bretagne, les mille incidents de la vie quotidienne se colorent de teintes surnaturelles. Il est dès lors aisé, pour celui qui sait lire les « intersignes » d’avoir la connaissance anticipée de la mort de telle ou telle personne. Ces intersignes sont multiples, annonçant un décès plus ou moins lointain : les longs aboiements d’un chien pendant la nuit, le hululement insistant d’une chouette ou d’un hibou perché dans un arbre, près d’une maison, l’apparition d’une belette traversant le chemin, la présence répétée de corbeaux et de pies près d’une maison, la vue, sur une table, de deux couteaux croisés, la chute des poules de leur perchoir dans le poulailler, sont autant de mises en garde… Il en est d’autres encore : une chandelle qui s’éteint sur l’autel cours de la lessive, persiste à ne pas disparaître complètement dans l’eau, la présence, sur une table, de trois lumières allumées, le craquement inhabituel d’un meuble pendant la nuit, etc, etc… La liste des « intersignes » précédant la mort d’une personne serait longue à énumérer… « Heureux celui qui Voit, heureux celui qui entend… » disait déjà Saint-Jean dans l’Apocalypse…

 

POUR MOURIR PLUS DOUCEMENT…

 

Les détenteurs des vieilles légendes bretonnes connaissent également d’antiques secrets pour accélérer le processus de la mort et adoucir le trépas : ainsi conseillent-ils de descendre l’agonisant de son lit et de poser ses pieds nus sur le sol, en quelque matière qu’il soit… Ils préconisent également d’asperger le corps du mourant d’eau bénite et, dans le même temps d’effectuer le signe de croix avec un cierge bénit ou une pièce d’argent… Il est également indiqué, pour faciliter le passage du moribond dans l’au-delà, de lui faire embrasser une hache de pierre… Mais si, malgré ces pratiques, correctement réalisées, l’agonie semble pénible, il ne faut pas s’en étonner outre-mesure des plumes de pigeon se trouvent certainement dans l’oreiller, sous la tête du mourant ! La présence de ces plumes interdit – dit-on – à l’âme de s’échapper librement du corps !

 

LE MARIAGE DU RÊVE ET DE LA VIE…

 

La boucle se referme sur elle-même… La mort vient de ravir une âme au sein du grand troupeau des hommes. A présent, selon ses actions et pensées du temps qu’il était vivant, le défunt errera, longuement, soumis à la torture du souvenir, ou bien, plus chanceux, embarquera à bord de l’une des barques funéraires de l’Ankou pour rejoindre l’Île des Morts, quelque part au large de Sein… Et la nuit de l’océan, des marais, des sources, des fontaines, et des étangs, des dolmens sacrés, des chapelles hantées, résonnera de soupirs, de gémissements et de hurlements… Au fond des chaumières et des maisons de pêcheurs battues par les vents de tempête, vieux et vieilles se signeront en égrenant leur chapelet pour éloigner les créatures de l’ombre… Et demain, au grand soleil, la vie, quotidienne, jusqu’au prochain crépuscule où, de nouveau, les ténèbres parleront le redoutable langage des morts, des démons et des fées…

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source- Nostra n° 227 août 1976

 

Dimanche 25 Juillet 2010 à 16h53 dans La Bretagne mystérieusePoster un commentaire