• LA LEGENDAIRE VILLE D'YS...

     

    LA LEGENDAIRE VILLE D’YS 

    En cette nuit du 14 juillet 1974, tout devait se passer au mieux. Et pourtant, les équipages de deux chalutiers bretons de Douarnenez demeurèrent muets de stupeur. Droit devant eux, dans la baie des Trépassés, non loin de la pointe du Raz, là  où normalement régnaient la nuit et l’océan, une véritable ville éclairée, entière, vivante, bruyante, surgissait des flots comme par enchantement, comme par miracle. 

     

    Les capitaines des bateaux de pêche durent faire un détour malgré l’invraisemblance du phénomène : c’était bien une vraie ville en pierre. Et tous les marins, sans exception, du patron au mousse, se rappellent avoir entendu sonner les cloches, le tocsin et des rires funèbres qui roulaient en cascade. De quoi faire dresser les cheveux sur la tête des marins les plus endurcis. Les plus anciens d’ailleurs se taisaient et essayaient de se souvenir des prières apprises dans leur enfance. Ils venaient de s’apercevoir que cette nuit était un dimanche. Or, selon la légende, c’est justement le second dimanche de juillet, tous les sept ans, que la ville d’Ys, la ville maudite, la ville engloutie à cause de la luxure et de la débauche de la reine Dahut, réapparaissait au large de la pointe du Raz.

    ALORS, LES VIEUX LOUPS DE MER SUPPLIERENT LE SEIGNEUR DE LEUR EPARGNER LES FAVEURS DE LA PRINCESSE MAUDITE. CELLE QUI, UNE FOIS RASSASIEE DE LEURS CORPS, LES JETTERAIT EN SACRIFICE AU DIEU DE LA MER…

    Car telle est l’histoire fabuleuse et tragique, telle qu’on la raconte toujours aux enfants. A Quimper, en grand deuil, en grande tristesse, a vécu Gradlon, roi de Cornouailles. Les choses allaient ainsi depuis qu’était morte la reine Malgwen, son épouse, la plus belle des femmes quand la vie colorait encore ses traits. Pour ne pas sombrer dans le plus total désenchantement, le roi se remémorait ses hauts faits guerriers et ses prouesses dans les fjords et les cités lointaines des terres du grand Nord. Avide de butin, il équipait ses flottes et s’en allait pirater au septentrion. Un beau jour, sa fortune tourna. A l’issue des batailles sanglantes, bon nombre de ses solides Cornouaillais étaient restés enlisés, morts, dans le sable étranger.

    GRADLON SENTIT QUE SON DESTIN S’ENCHAINAIT LA. IL REGARDA TRISTEMENT SES HOMMES EMBARQUER. UN SOIR, IL SE TROUVA SEUL AU PIED DES REMPARTS IMPRENABLES ; POUR LA PREMIERE FOIS, IL CONNAISSAIT L’AMERTUME DES VAINCUS, SOUDAIN, IL RELEVA LA TÊTE, CAR IL AVAIT SENTI UNE PRESENCE.

    Blanche dans le clair de lune, la cuirasse et le haubert ruisselant de clarté, se tenait une femme aux cheveux roux, belle comme une déesse de la guerre. Un véritable enchantement luisait dans ses yeux. C’était Malgwen, reine du Nord.

    « Je te connais, étranger, tu est courageux. Tu as pensé qu’un cœur valait des armées. Mon époux est vieux. Son épée est rouillée, nous le tuerons et tu m’emmèneras dans ta Cornouailles. »

    Par un crime, le roi d’Armorique conquit une femme. Et quelle femme ! Pour fuir, la reine Malgwen le fit monter avec elle sur son cheval magique « Morvarch’ ». Gradlon prit Malgwen en croupe, et rabotant la crête des vagues, le cheval porta les deux amants jusqu’aux nefs bretonnes. Un orage dispersa la flotte. Pendant une année entière, ils voguèrent aux hasards des mers. De leur union naquit une fille. Mais la belle reine de Septentrion mourut en mettant au monde le fruit de leur péché. La petite princesse Dahut grandit. Elle fut bientôt en âge de devenir capricieuse et persuada son père de lui faire construire une ville pour elle toute seule. « Sa » ville, au bord de la mer ! Gradlon, subjugué et charmé, consentit. Et la ville de Dahut s’éleva. Un jour que Dahut flânait au bord du rivage, ce fut le coup de foudre, elle tomba à genoux devant les flots et s’écria :

    « OCEAN, ROULE-MOI SUR LE SABLE, POSSEDE-MOI DANS TES VAGUES, JE SUIS TA FIANCEE ! TOI, QUI ES TOUT PUISSANT, DONNE-MOI LE CŒUR DES HOMMES FAROUCHES ET DES FRELES ADOLESCENTS SUR QUI J’ABAISSE MON REGARD… »

    L’Océan consentit dès lors à tous ses caprices. Dahut devint l’impératrice d’un peuple de pilleurs d’épaves. La ville d’Ys devint un lieu de luxure, de débauche, du plaisir le plus sordide. Chaque soir, la diabolique princesse ensorcelait une nouvelle victime. Au point du jour, les serviteurs s’emparaient alors du malheureux et lui enfilaient de force un masque magique qui, au contact de son visage, étouffait l’amant d’une nuit. Un cavalier en manteau noir, monté sur un cheval noir, portait le corps en travers de la selle, et s’en allait le lancer dans l’enfer de Plogoff, où il se fracassait dans la baie des Trépassés. Aux environs du printemps, arriva un chevalier vêtu de rouge, sur un cheval rouge, aux ongles aigus et recourbés. Il ne répondit pas au sourire de Dahut. Un soir, l’étranger promena sa main dans la chevelure de la princesse. Soudain, un bruit sourd et violent comme un coup de boutoir se fit entendre du côté de la digue.

    « Que la tempête rugisse et nous assaille, dit Dahut, les portes de bronze la brave et nul autre que le roi, mon père, ne possède la clef qui les ouvre ! –BELLE, ME DONNERIEZ-VOUS CETTE CLEF ? LE ROI NE LA QUITTE JAMAIS, CERTES, MAIS IL DORT, LA LUI DEROBER SERAIT PARTI FACILE ! POUR L’AMOUR DE MOI, ALLEZ CHERCHER CETTE CLEF ! »

    Gradlon dormait, alourdi par le vin, et ce fut pour Dahut un jeu d’enfant. La clef en main, le chevalier, vif comme l’éclair, courut ouvrir les fameuses portes… Une vague haute comme une montagne s’apprêta à déferler sur la ville. « Vite, mon père ! hurla Dahut, Morvarch’ !!! L’océan a renversé la digue. » Le roi prit sa fille en croupe, comme jadis sa mère. « L’océan, mon époux, réclame sa proie, hurlait Dahut, sauvez la fille de votre reine Malgwen ! » Une voix formidable rebondit de rocher en rocher : « Lâche le démon qui te tient ! », hurlait au roi la voix terrible dans la nuit. Une forme pâle comme un cadavre enveloppée dans un suaire se dressait sur un promontoire. C’était Saint Guénolé.

    « Malheur à toi ! clamait le saint. –POUR L’AMOUR DE MA MERE, SAUVE-MOI, PERE, EMPORTE-MOI AU BOUT DU MONDE ! GEMISSAIT LA FILLE IMPUDIQUE. »

    L’étreinte de la princesse Dahut se resserrait autour de la taille de son père. Mais soudain, Gradlon, dans un trou d’air, se dégagea et abandonna sa fille au châtiment divin réclamé par saint Guénolé. Les flots déchaînés se refermèrent sur la maudite dans un bruit d’enfer. Dans l’abîme noir, une sarabande de spectres apparut, qui tendaient leurs ongles pour se saisir de la malheureuse. C’étaient ses amants d’un soir qu’elle avait fait étrangler. Ils criaient vengeance et s’apprêtaient à lui faire subir mille tortures dans le royaume de Satan. Non, vraiment, les marins des deux chalutiers de Douarnenez qui ont vu en 1974 surgir la ville maudite sous leurs yeux n’avaient pas le cœur à rire et à plaisanter en recommandant leurs âmes à Dieu. Demain, après une folle nuit de débauche, l’affreuse ville d’Ys rentrerait dans les entrailles de la terre pour une période de sept ans…

    MAIS AVANT, MIEUX VALAIT NE PAS TROP S’APPROCHER…


  • Commentaires

    1
    kris
    Lundi 26 Octobre 2009 à 09:38
    C'est beau...
    On en redemande, faîtes-nous rêver.
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