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    Jadis peuplée de chevaliers, de fées et de magiciens, la forêt de brocéliande attire aujourd’hui touristes et illuminés en tout genre. Lieu emblématique des légendes celtiques, brocéliande catalyse les mythes anciens et modernes. Visite guidée de la forêt de merlin…

     

    Huit mille hectares de bois épars au sein desquels les voies forestières sont autant de coupes claires, voilà ce qu’il reste aujourd’hui de Brocéliande. Bien peu, sans doute, en comparaison de l’'ancienne forêt où furent inscrites, comme on le raconte, les plus belles pages de la légende des chevaliers de la Table ronde. L'’origine de cette célèbre saga est incertaine. Elle appartient aux légendes du Saint-Graal- la coupe qu’'utilisa Jésus lors de la Cène et qui devait ensuite servir à recueillir son propre sang lors de la mise en croix. C’'est à sa recherche que le roi Arthur aurait envoyé les chevaliers de la Table ronde. La quête du Graal connaît seize versions peu ou beaucoup divergentes, toutes rédigées entre 1180 et 1230. La légende pourrait cacher un parcours initiatique. Peut-être le récit symbolique d'’une initiation druidique, christianisée lors de ses transcriptions au Moyen Age.

     

    *** Fées et chevaliers ***

     

     

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    Toujours est-il que le visiteur moderne, en pénétrant dans la forêt de Brocéliande, espère mettre ses pas dans ceux du chevalier Lancelot, de la fée Viviane ou de l’'enchanteur Merlin. Les noms des lieux parlent d’eux-mêmes. En pleine forêt, nous voici à la fontaine de Barenton. C’'est là que Merlin, conseiller du roi Arthur au royaume de Camelot, rencontra un jour la fée Viviane. Mal lui en prit. Séduit par la créature, Merlin allait apprendre à ses dépens que l’'amour d'’une fée est sans partage. Ayant soutiré à l’'enchanteur ses plus terribles sortilèges, Viviane n’'hésita pas à s’'en servir contre lui et à enfermer à jamais son amant dans une prison d'’air. Il y a un siècle encore, un cromlec’h ( cercle de pierres ), aujourd’'hui disparu, indiquait l’emplacement de ce drôle de cachot. Nous avons atteint le tombeau de Merlin.

     

    Silence ! Du fond de son sommeil, le magicien pourrait bien nous entendre. Poussons plutôt nos investigations jusqu’'au Val sans Retour. Ici encore, c'’est affaire de fée, d’'amants et de prison. La gardienne des lieux s’'appelait Morgane, soeœur du roi Arthur. Aux chevaliers égarés, elle offrait tous les délices, tous les plaisirs… les privant en retour de leur liberté ! Un redoutable géant était chargé de veiller sur ce harem. Ceux que Morgane gratifiait de son amour étaient prisonniers à jamais. Et puis un jour apparut un nouveau chevalier. Il se nommait Lancelot du Lac. Lui seul sut affronter les sorts de Morgane. Le géant n’'était qu'’imaginaire ; brisant le charme, Lancelot libéra ses compagnons d'’infortune. Lancelot s'’y connaissait en maléfices. Enfant, il avait été enlevé par la fée Viviane, qui l’éleva dans le palais que Merlin lui avait bâti au fond d’un lac. Nous voici ainsi arrivés à l’'Etang de Lancelot. Nous pouvons encore remonter dans cette généalogie héroïque. Viviane était née de la couche du seigneur Dymas. Nous avons rejoint le château de Comper. C'’est derrière son imposante muraille que la fée aurait vu le jour…

     

     

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    Rebroussons chemin pour revenir vers le Tombeau de Merlin. A proximité, nous trouverons un filet d'’eau claire serpentant à travers la campagne : la fontaine de Jouvence dont les eaux assurent, dit-on, la jeunesse éternelle… Nous voilà parés pour une longue attente. Pour l’'heure, le roi Arthur est encore endormi. La légende raconte qu’'après que Merlin s’'était retiré du monde pour se jeter dans les bras de Viviane, le royaume de Camelot avait connu bien des vicissitudes. De nombreux chevaliers de la Table ronde étaient morts lors de la quête du Saint-Graal. Arthur, lui-même mortellement blessé à la bataille de Camlan, avait été emporté par les fées sur l’'île mythique d'’Avallon où il sommeille encore. Mais quand Merlin se réveillera de son sommeil, il fera sonner sa harpe d'’or, réveillant à son tour son vieil ami Arthur.

     

    *** La forêt magique ***

     

     

     

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    Quand la légende est si riche, la réalité ne peut en sortir tout à fait indemne. Aujourd’'hui, la forêt de Brocéliande n’'a pas d'’existence administrative. C’est sous le nom de forêt domaniale de Paimpont qu’il faut la chercher sur les cartes, dans le département d’'Ille-et-Vilaine ( Bretagne ), non loin de Rennes. A défaut de personnages légendaires, on y croise des êtres étranges au discours surprenants. Parmi eux, les exégètes du lieu, qui savent mieux que quiconque vous dévoiler les prétendus secrets de la forêt magiques. Prenez-vous les pieds dans une racine et, avec le plus grand sérieux, ils vous prétendront que la forêt vous « refuse ». Prenez garde à ne pas la contrarier, vous pourriez vivre d’'étranges aventures !  Autre rumeur : il ne ferait pas bon se perdre en Brocéliande… une boussole ne vous serait alors d’'aucun secours. A l'’approche du Val sans Retour, les meilleurs compas ne s'’affolent-ils pas ? Et les mêmes d’'ajouter que des militaires du camp de Saint-Cyr Coëtquidan, situé à côté, en auraient fréquemment fait l’'expérience au cours de leurs manœoeuvres…

     

     

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    Pour les sceptiques, il existe même une expérience des plus simples à réaliser. Puisez donc un peu d'’eau à la fontaine de Barenton, puis jetez-la sur le perron de Merlin, la pierre plate ou jadis l'’enchanteur aimait à rencontrer la fée Viviane. Il ne devrait guère s’'écouler plus d’'une minute avant que n'’éclate un puissant orage ! Prêter des vertus magiques à la forêt de Brocéliande n’'est pas l’'apanage de quelques initiés. Pour preuve, le visiteur attentif découvrira à l'’emplacement du tombeau de Merlin, près d’un houx, deux rochers de schiste rouge. Pendus aux branches ou glissés dans les anfractuosités de la pierre, ce ne sont que breloques- chapelets, couronnes de fougères, pièces d'étoffes, etc.- et petits morceaux de papier. Les premières sont des offrandes. Rien de plus normal puisque les seconds portent les vœux griffonnés par les visiteurs. Aux uns Merlin accorderait la guérison, aux autres une longue vie.

     

     

    *** Le retour de Merlin ***

     

     

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    L’'enchanteur se préoccuperait-il de simples mortels ? C’'est en tout cas ce que suggère une autre légende, contemporaine celle-là, touchant un autre haut lieu de Brocéliande : l’'Auberge du Tertre. Il y a plusieurs décennies de cela, l’'endroit vivait au rythme des prophéties de sa propriétaire. On l’'appelait la « Grande Dame ». Elle portait aux enfants une attention toute particulière. A l’'un d’eux ( ses parents avaient fait halte pour la nuit dans son auberge ), elle fit cette étrange prédiction : « Un jour, rappelle-toi, ce lieu t’appartiendra… »

     

    Bien des années plus tard, le hasard conduisit de nouveau les pas de notre jeune visiteur, devenu adulte, jusque dans la forêt bretonne. Là, un panneau signalant une bâtisse à vendre attira son attention. Le lieu lui rappelait vaguement quelque chose. Il s’'agissait d’'une auberge…. A l’'intérieur trônait un grand portrait. L’'homme comprit enfin. Il avait devant lui la « Grande Dame »- entre-temps décédée-, dont les étranges propos étaient restés jusque-là tapis au fond de sa mémoire…. On l’'aura deviné, l’'enfant de la prophétie devint propriétaire de l'auberge. Mais les choses ne devaient pas en rester là. Un soir, un visiteur inattendu poussa la porte de l’'auberge. Quelque client attardé ? Le maître des lieux pressentit immédiatement qu'’il n’'en était rien. Laconiquement, son visiteur le lui confirma : « Tu sais qui je suis ! » Et l’'apparition de s’'en repartir comme elle était venue. Car de sa barbe à ses habits, de son port de tête à la profondeur de sa voix, pas de doute, c’'est de Merlin qu'’il s’'agissait !

     

    *** Fous de la forêt ***

     

     

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    Les rumeurs qui courent sur Brocéliande ne se vérifient pas toujours, loin s’'en faut. On peut asperger le perron de Merlin sans provoquer d’averses et se promener au Val sans Retour sans risquer de se perdre ou de détraquer sa boussole. Il n’'empêche ! Les légendes ont la vie dure. La magie des lieux, ou au moins celle qu’on lui prête, attire dans la forêt une foule de personnages plus improbables les uns que les autres… Longtemps, on a pu voir une femme mystérieuse aux abords de la fontaine de Barenton. On avait coutume de la présenter comme la gardienne de l’'endroit. En plein hiver, il n’'était pas rare de l’'apercevoir trempant sa longue chevelure noire dans les eaux glacées de la fontaine. Habillé de blanc, la harpe à la main, le personnage pouvait sembler sortir tout droit d'’une image d’'Epinal…, il n’'en était pas moins réel. Un jour, sans crier gare, la gardienne déserta Barenton. Depuis, d’'autres originaux ont rejoint la forêt. Ceux-là aussi peuvent faire croire au visiteur qu'’il vient d’'effectuer un bond en arrière dans le temps. Epée ou lance à la main, vêtements moyenâgeux et bijoux celtes, ces barbares modernes font souvent résonner Brocéliande du cliquetis de leurs armes. Qu’'on ne s’'y trompe pas, il ne s’'agit pas ici de déguisement ou de « jeu de rôles ». Plutôt d’'une forme étrange de retour à la nature mâtiné de mysticisme celte.

     

    *** Exigez le druide ***

     

     

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    Un endroit étrange où il règne une atmosphère particulière...

     

     

     

    En Brocéliande, on peut aussi croiser quelques druides, comme il se doit, surtout depuis que certains se sont installés dans le bourg voisin de Paimpont, où ils tiennent boutique. Mais il serait faux de croire que seuls les nostalgiques de la quête du Graal ou de la cueillette du gui peuplent la forêt. Brocéliande est, en fait, devenu petit à petit le carrefour des spiritualités les plus hétéroclites. Des quatre coins d'’Europe on afflue vers la forêt bretonne. Si on la désigne fréquemment comme un lieu où souffle l’'Esprit, force est de constater que ce souffle-là prend des allures de tourbillon syncrétique ! D’'aucuns ne cherchent-ils pas à Brocéliande l’'une des portes de l’'Agartha, citée souterraine et magique du Tibet où régnerait le roi du monde ? Et que dire de ceux qui vous tirent les cartes les soirs de pleine lune ? Des cars débarquent aussi de curieux touristes « new age » pour de brèves séances de méditation, sur ces lieux que l’'on dit chargés de toutes les énergies. Mais les mystères de Brocéliande ne sont pas uniquement d’'ordre spirituel.

     

    *** Enterrée vivante ***

     

     

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    Depuis fort longtemps, les noires futaies de Brocéliande ont servi de paravent aux affaires les plus étranges. A Trécesson, aux abords de la forêt, se dresse un imposant château fort du XV° siècle. Et c’est là, raconte-on, que fit halte un carrosse un soir de l’'année 1750. Il en descendit un étrange équipage composé de deux rudes gaillards encadrant une jeune femme aux allures de mariée. Les hommes entreprirent de creuser ce qu'’il faut bien appeler une tombe, où la femme vêtue de blanc s’'allongea sans opposer de résistance. Sous les yeux médusés d’'un braconnier dissimulé derrière un arbre, les mystérieux fossoyeurs recouvrirent de terre la malheureuse, puis s’'en repartirent comme ils étaient venus. Bien que le braconnier ait tout de suite alerté le voisinage, il était trop tard. Déterrée à la hâte, la victime ne put être réanimée. Elle mourut, sans qu’on sache le fin mot de cette étrange histoire. Près de deux siècles et demi plus tard, on peut encore assister en Brocéliande à des évènements qui ne dépareraient pas dans les meilleurs romans policiers. On a vu récemment la gendarmerie donner la chasse à un « Rambo » retranché dans la forêt. Après une course-poursuite mouvementée, l’'homme, portant treillis militaire et le visage camouflé à la façon des commandos, fut arrêté et son refuge investi. A l’'abri d’une clôture électrifiée, deux molosses se chargeaient jusque-là de dissuader les curieux. Dans le véhicule du « Rambo de Brocéliande », les gendarmes découvriront un incroyable stock d’'armes comprenant des armes de poing, un fusil d’'assaut et des poignards. Ce n'’est pas la première fois que le nom de Brocéliande est associé à des activités pour le moins martiales. Rappelons-nous qu’'un jour Arthur doit revenir, réveillé par la harpe de Merlin. La légende raconte encore que ce jour-là, les Celtes formeront une puissante armée qui, au service du roi, partira à la reconquête de la « Grande Celtie ». Fantasme néo-païen ? Assurément. Mais c’est assez pour que certains nationalistes « panceltes » voient dans la forêt légendaire le point de départ de leur future lutte de « libération ».

     

     

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    manoir du tertre- Geneviève Zaepffel (cadre).

     

    En attendant, d’'autres dangers guettent Brocéliande. Entre l'’incendie qui a dévasté, en 1990, le Val sans Retour et le tracé de la voie express Rennes-Vannes qui a encore rogné sur ce qu’'il reste de la forêt, on peut s'’interroger sur le devenir du site. D'’autant que certains historiens, aujourd’'hui, remettent en question son authenticité. Mais une chose est sûre : même réduite en cendres ou partiellement recouverte d’'asphalte, ou même déchue de son statut historique, la forêt de Paimpont restera longtemps encore le rendez-vous de ceux pour qui les légendes, parce qu’'elles ne meurent jamais, comptent davantage que la réalité.

     

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    *

     

    http://www.broceliande-pays.com/

    http://www.broceliande-tourisme.info/

    http://www.centre-arthurien-broceliande.com/

    http://www.sauvegarde-broceliande.org/

    http://magedebroceliande.com/

    http://www.bretagne.com/fr/patrimoine/contes_et_legendes

     

    info :

     

    Je cherche une photo du médium Geneviève Zaepffel, le portrait se trouve à l'auberge " le manoir du tertre " à Brocéliande. C'était l'ancienne propriétaire des lieux. Si vous passez par là, merci de prendre une photo d'elle... ( plus d'info ici : dans Les lieux hantés, concernant le manoir du tertre )

     

     

     

    La taverne de l’'étrange- 21 août 2006 (mise à jour le 25/09/2012)

     

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    Menhirs, dolmens, cromlechs…, sont les noms que la légende a attribués à ce que la science a appelé monolithes ou encore mégalithes. Depuis plus de sept mille ans, ces fabuleuses pierres dressées semblent défier le temps. Depuis fort longtemps, l’homme a tenté d’expliquer le pourquoi et le comment de leur présence, laissant ainsi la part belle aux mythes et aux légendes. Il faut attendre les années soixante pour que certains chercheurs, faisant fi des traditionnelles explications, avancent l’hypothèse que ces alignements mégalithiques, en sus de leurs fonctions religieuses et funéraires évidentes sont de gigantesques observatoires astronomiques. L’archéoastronomie était née.

     

    De l’Antiquité tardive au Bas Moyen Age, synodes et conciles s’en sont pris au culte des pierres levées dans le but d’en interdire la pratique révélatrice de la permanence des anciennes croyances en ces temps où le christianisme triomphait des autres religions en Europe. Dans la tradition populaire, les mégalithes sont des vecteurs de magie blanche, le caractère phallique de certains monuments stimulerait la fécondité, favoriserait la santé… Au fil des siècles, face à la permanence de certaines superstitions liées aux mégalithes, l’Eglise chrétienne entreprend la christianisation quasi-systématique des sites mégalithiques. En effet, depuis 438, le code théodosien décide d’adapter ses cultes aux rites païens ancestraux. Des attributs chrétiens sont ajoutés ou sculptés à même la pierre, tel des crucifix…

     

    Avec le temps, les hommes qui se sont penchés sur la question mégalithique ont souvent extrapolé au sujet de leurs fonctions. Aux XVII° et XVIII° siècles, les historiens affirment que les Gaulois juraient leurs traités aux pieds des mégalithes et que les druides et les prêtres sacrifiaient à la divinité, choisissant le plus souvent des êtres humains comme victimes. César dans sa « Guerre des Gaules » fait se rassembler les druides à Carnac. Une sorte de druidisme pseudo-historique- puisque sans preuves- se développe, faisant de nos ancêtres des sacrificateurs systématiques et cruels ; les ossements humains trouvés à proximité des monuments de pierre apportant alors de l’eau à leur moulin. A la fin du XVIII° siècles, la mode cède au druidisme, des hommes fondent des sociétés secrètes, où, lors des solstices, ont lieu de formidables cérémonies au flambeau à la gloire du paganisme d’autrefois. Au début du siècle, « la grande loge druidique de l’ancien ordre » se réunit à Stonehenge à 160 km de Londres. C’est l’heure de gloire du druidisme et de la celtomanie, ternie après guerre par les atrocités commises par les nazis qui se réclamaient aussi d’un certain paganisme antique…

     

     

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    Au XIX° siècle, les rationalistes et autres scientistes abordent le thème mégalithiques sous l’angle de la science et non plus du folklore. C’est le début de la géologie, l’Académie celtique naît. Suivant les aléas de l’histoire politique, elle se transforme en Société royale des Antiquaires de FranceC’est l’écrivain Prosper Mérimée qui est nommée inspecteur pour la surveillance et le classement des monuments, il est le premier à constater que ces alignements mégalithiques constituent une véritable architecture. L’époque des délires politico-religieux est définitivement révolue. Les fouilles et les explications quant à l’origine et l’utilisation de ces monuments affluent. Toujours au XIX° siècle, on découvre des mégalithes hors d’Europe. Les savants tentent alors d’établir une filiation spirituelle ou culturelle entre les différents monuments !

     

    *** La fonction religieuse des mégalithes : palais des morts et des Dieux ***

     

     

     

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    La société rurale de l’Europe occidentale qui se met en place au cours du VI° millénaire avant notre ère invente une religion liée au culte des ancêtres. Les mégalithes furent conçus à la base pour protéger les plus prestigieux de leurs morts ou pour les évoquer. Depuis cent mille ans, les hommes se sont préoccupés de leurs défunts. Avec le mégalithisme naît l’architecture funéraire en plein air en matériaux durables dont le but est de recevoir les corps des ancêtres selon des rituels compliqués et codifiés. Pendant le IV° millénaire, les tombes mégalithiques se multiplient dans le Midi, l’Espagne, les Pyrénées, les Causses, en Irlande, au Danemark, en Allemagne du Nord… Auparavant, elles étaient recensées en Bretagne et en Angleterre principalement. La théorie des alignements mégalithique en temps qu’autels sacrificatoires n’est plus envisagée. C’est pour répondre à des aspirations religieuses que les autorités politiques et ecclésiastiques du néolithique ont conçu les mégalithes.

     

     

    *** Naissance de l’archéo-astronomie ***

     

     

     

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    C’est vers 1723 qu’un certain William Stukeley réalise, en regardant les sites dAvebury et de Stonehenge en Angleterre, que ces monuments préhistoriques sont les architectures d’un vaste ensemble destiné à être vu de loin. Cette perspective est l’une des grandes originalités des sites architecturaux dit ouverts du type de Stonehenge ou encore de Carnac en Bretagne. Ces sites dit fermés comme les pierres levées isolées ou les tombes mégalithiques fonctionnent également avec la lumière solaire ou lunaire.

     

     

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    L’archéo-astronomie n’est pas une science nouvelle, bien que cette appellation soit récente. Le rapport entre les pyramides et obélisques égyptiens et l’astronomie, ou encore certains sites mayas ont été étudié, il y a déjà fort longtemps. Cette science mégalithique a deux patries d’élection ; la France, et plus particulièrement la Bretagne et les Iles Britanniques. Si les savants français furent de remarquables amateurs éclairés, les Anglais furent, eux, de véritables précurseurs. En 1963, Gerald Hawkins proposa de baptiser cette nouvelle science « astroarchéologique » ; pour ne pas la confondre avec une quelconque discipline divinatoire proche de l’astronomie , en 1967, Alexander Thom suggéra « astronomie mégalithique », terme qui reste en usage actuellement, mais auquel on préfère « archéoastronomie ». De nos jours, les archéologues admettent ne pas détenir toutes les clefs du portrait-robot de nos ancêtres, tandis que les astronomes ont peu à peu appris à prendre en compte les acquis de l’archéologie. Le site mégalithique de Stonehenge est l’exemple le plus flagrant- et le premier étudié de la sorte d’ailleurs- de l’interaction entre les deux disciplines.

     

    *** Le site de stonehenge ***

     

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    Lorsque l’on arrive dans la plaine de Salisbury, entre Cornouailles et Pays de Galles, à 160 km à l’ouest de Londres, et qu’on voit se dresser progressivement le cromlech de Stonehenge, le visiteur est saisi d’un étrange sentiment ; le monument est trop grand pour être normal. Quelque chose de grandiose a du se passer ici ! Les cercles de pierres ont assez bien résisté à l’outrage du temps. A ce sujet, Stonehenge est le monument le plus visité en Angleterre après la Tour de Londres. Derrière le caractère impressionnant du gigantesque cromlech, se dessine une réelle réflexion architecturale. Les fouilles révèlent plusieurs étapes dans la constructions : C’est d’abord un fossé de 108 m de diamètre dont le remblais forme un talus intérieur, il est ouvert au nord-est, où furent creusés des trous qui ont leur importance. En un autre cercle de 86,70 m de diamètre furent creusés 56 trous ( les trous d’Aubrey ), espacés de façon régulière, larges de 75 à 180 cm et profonds d’à peu près 1,20m, tous rebouchés avec de la craie pilée. Enfin, à 30m au nord-est du fossé, fut dressé une pierre haute de 6m et pesant 35 tonnes : la Heelstone ou Pierre Talon. Au cours d’une seconde phase, aurait été amené en provenance des Prescelly Mountains, au Pays de Galles ( 213 km à vol d’oiseaux ), 82 « pierres bleues » de 5 tonnes chacune, disposées en un cercle inachevé au centre du complexe.

     

     

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    Au départ de l’ouverture du fossé, au nord-est, fut creusé une avenue large de 12 m qui rejoint la rivière Avon à 3 km de là. Enfin, sur le cercle des trous d’Aubrey, auraient été disposés 4 Pierres d’Orientation formant un rectangle, et dont deux sont aujourd’hui visibles, les autres étant signalés par les monticules sur lesquels elles furent dressées. Cinq énormes trilithes formant un fer à cheval ouvert au nord-est, dont les montants mesurent 6 à 10 m avec des linteaux pesant jusqu’à 50 tonnes, se trouvent au centre du monument. En 1901, un astronome anglais, Sir Norman Lockyer mesura l’azimut ( angle formé par le plan vertical d’un astre ) du centre de l’Avenue et constata que le soleil se levait dans l’axe de celle-ci au moment du solstice d’été. Il détermina la date de construction de Stonehenge en pleine préhistoire, bien avant les druides à qui on en avait attribué la paternité. Pour ses calculs, il n’avait pas pris en compte les mouvements de la lune, ni la position de la fameuse Pierre Talon. Avec la découverte du Carbone 14, Stonehenge et les autres monuments mégalithiques retrouvent leurs véritables dates de naissance :

     

     

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    Ils furent majoritairement construit entre – 4800 et – 2000 ans ! Ce qui ferait des mégalithes, les plus anciens monuments du monde !

     

    En effet, la plupart d’entre nous considèrent que les pyramides d’Egypte sont les monuments de pierre les plus vieux du monde et que c’est dans les terres du Proche-Orient que l’homme a construit ses premiers temples. La technologie aurait donc avancé de la Mésopotamie vers les terres du Septentrion. Certains pensaient même que le raffinement, certes relatif, d’un monument comme Stonehenge reflétait l’inspiration de la Grèce Mycénienne. La datation précise des mégalithes européen imposait alors un farouche démenti à ce que l’on croyait une vérité intangible… De plus, les dimensions du cromlech révèlent un parfait rectangle de type « pythagoricien » avant la lettre. Deux monuments illustrent le mieux la fonction d’observatoire de la course au soleil. Callanish Lewis, dans les Hébrides extérieures et bien sûr Stonehenge. A ce point précis du cromlech de Stonehenge, les deux cycles lunaires et solaires se recouperaient, rendant ainsi prévisibles les éclipses solaires. En Bretagne, les exemples de ce type abondent. L’Anglais Alexander Thom prouve que les alignements de Carnac ne sont pas dus au hasard esthétique, mais qu’ils résultent d’un savant calcul géométrique. La forme ovale est également omniprésente dans les alignements mégalithiques, une forme ovale tracée à l’aide d’un triangle pythagoricien.

     

     C’est ainsi que Thom démontre que l’alignement du Grand Ménec en Bretagne qui comprend 1169 menhirs divisés en onze rangées correspond à un calcul astral. En effet, l’axe  de l’alignement en partant des mégalithes les plus grands est orienté à 72°, mais à mi-chemin, existe un espace-charnière qui fait dévier l’alignement vers le nord de 6°, dans le but de suivre la position des astres dans le ciel. Les mégalithes bretons sont probablement les plus anciens au monde, ce qui signifie que ce système de calcul architectural pré-pythagoricien datent d’avant les pyramides. Les savants peuvent même, en extrapolant, prétexter que comme Pythagore aurait séjourné en Gaule, il aurait ramené des druides les bribes d’un savoir ancien qu’il aurait développé en Grèce. Mais là n’est pas le propos. En ce qui concerne Carnac, l’orientation de 72° n’est pas un hasard, c’est la seule latitude de l’hémisphère nord où l’angle formé par le soleil à son levé au solstice d’été et d’hiver forme cette valeur. A Stonehenge, on a pu démontrer dans les années 70 que le rectangle ( 2 triangles accolés ) est pythagoricien, et que les différents cercles de pierres dont nous parlions dans notre description du site ont été réalisé selon une progression arithmétique.

     

    Mais il n’y a pas que l’arithmétique qui tend à prouver que les mégalithes ont un rapport étroit à l’astronomie ; effectivement , des fouilles ont mis en avant des ossements recouverts d’étranges inscriptions qui ne sont pas des œuvres d’arts gratuites. Alexander Marshack avait signalé en 1962 dans le « Scientific American » qu’un os vieux de 8500 ans découvert non loin d’un mégalithe du Congo portait des traces correspondant à des marques lunaires établissant des périodes allant de la nouvelle lune à la pleine lune. Il fit d’autres découvertes sensationnelles, comme une plaquette découverte en Dordogne datant de 33000 ans avant notre ère représentant 6 mois lunaires figurés par des cercles ou des croissants. Une autre plaquette osseuse plus récente montre un schéma lunaire de 11 périodes… Très tôt, l’homme a constaté une périodicité flagrante et régulière des cycles de la lune et du soleil. Si les connaissance astronomiques de l’homme remontent à une époque si reculée, ne nous étonnons pas de la portée astronomique des mégalithes qui sont beaucoup plus récent comme l’a prouvé la datation au Carbone 14. A l’aube de l’époque mégalithique, il y a 8000 ans à peu près, il s’est passé quelque chose en Europe. A l’époque romantique, les monolithes étaient censés être l’œuvre des druides, les rainures retrouvées sur certaines pierres plates étaient censées être des rigoles pour recueillir le sang des sacrifiés. Plus récemment, les mégalithes prirent une fonction funéraire, c’est sans doute le cas pour certains, mais les statistiques prouvent que relativement peu de sites avaient une fonction de tombeau. Monuments destinés à vénérer la terre nourricière ou au contraire à implorer la clémence des cieux ; les théories sont nombreuses. D’autres comme Colin Renfrew pensent que leur vocation était liée au culte des chefs ; les cromlechs comme des sanctuaires !

     

    *** Conclusion ***

     

     

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    Le point central du débat entre archéologues et astronomes est donc de savoir si les hommes de cette lointaine époque savaient ce qu’ils faisaient. Pour Alexander Thom, nos ancêtres contemporains des mégalithes n’avaient qu’une connaissance fondée sur l’expérience, et leurs alignements mégalithiques révèlent un sens de l’observation hors du commun et une patience à toute épreuve à une époque où la survie était le principal but de l’humanité. Pourtant si les déplacement du soleil sont globalement réguliers et donc observables, l’analyse du déplacement de la lune s’avère une tâche bien plus ardues…

     

     

    Aura2

     

     

    La taverne de l’étrange- 27 juillet 2006

     


     

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