• En Bretagne, la Vallée des saints, un terrain de jeu unique pour les sculpteurs

    Le bruit strident des disqueuses qui découpent les énormes blocs de granit trouble la quiétude champêtre de la Vallée des saints, une "île de Pâques" moderne au coeur de la Bretagne où des sculpteurs de tous horizons trouvent un terrain d'expression sans pareil.

     

    Cachés sous d'amples cirés, le visage couvert de poussière, ils sont quatre, aidés de trois assistants, à donner vie depuis fin août à Saint Fiakr, Saint Enogad, Saint Alour et Saint Tangi, quatre géants de pierre qui rejoindront d'ici quelques semaines les 90 déjà clairsemés sur les flancs d'une ancienne motte féodale dominant le village de Carnoët (Côtes-d'Armor).

    En Bretagne, la Vallée des saints, un terrain de jeu unique pour les sculpteurs

    Tailleur de pierre de métier, Vincent Lemaçon, Français installé au Québec depuis une vingtaine d'années, a entendu parler par une amie bretonne de ce "projet délirant" dont il a immédiatement "voulu faire partie".

    "Il se dégage d'ici une énergie spéciale, une émulation collective qu'on ne retrouve pas habituellement dans nos ateliers, témoigne le nouveau venu avant d'attaquer sa pause déjeuner sous un ciel menaçant. Le granit est particulièrement difficile à travailler, c'est une pierre à la fois dure et fragile."

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    Issus de différentes carrières de la région, les blocs de granit, tantôt roses ou gris, sont d'abord dégrossis à l'aide de perforateurs et de coins de fendage, avant que disqueuses thermiques, ciseaux et bouchardes ne servent au travail de finition, suivant un cahier des charges assez souple.

    En concertation avec les mécènes -particuliers, entreprises, communes- qui financent ces "statues-menhirs" à hauteur de 15.000 ? la pièce, les sculpteurs doivent cocher trois cases pendant leur mois de résidence: une hauteur comprise entre 3 et 5 mètres, un visage et un attribut rappelant la légende du saint. Le reste est laissé à leur libre appréciation.

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    "Ils sont en général sensibles à la composante spirituelle de cette aventure et se définissent eux-mêmes comme des moines sculpteurs. Ils font revivre cette tradition des picoteurs du Moyen âge, qui sculptaient les statues érigées autrefois sur les églises et les cathédrales", raconte l'un des initiateurs du projet né en 2008, Philippe Abjean, professeur de philosophie de formation.

    Chacun de la vingtaine de sculpteurs passés depuis par Carnoët a apporté à l'ensemble sa propre sensibilité. Parmi eux: une majorité de Bretons forcément, mais aussi une Portugaise, Inès Ferreira, un Syrien, Bilal Hassan, et un Indien, Seenu Shanmugam, un des pionniers de ce "paradis de la sculpture".

    "On ne trouve pas des sculptures monumentales partout", explique-t-il devant l'ébauche de sa quatorzième réalisation, Saint Enogad, qui commence à prendre forme, en plein air, sous l'oeil curieux des visiteurs.

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    Deux couples bretons et creusois, venus y puiser des "bribes d'histoire", disent apprécier "la variété des styles" de la Vallée des saints, dont l'accès est entièrement gratuit. "Des choses plaisent, d'autres moins, mais ça vaut le détour", jugent-ils, amusés par la ressemblance de l'effigie de Saint Elouan avec John Lennon.

    L'île de Pâques bretonne, qui devrait accueillir cette année autour de 290.000 personnes, est à la fois pour les sculpteurs une vitrine salutaire et un formidable "terrain de jeu", selon le Finistérien Patrice Le Guen, de l'aventure depuis les débuts.

    Le caractère aussi trempé que le granit qu'il travaille, l'artiste, à bientôt 70 ans, a senti le besoin de transmettre sa passion et son savoir-faire à la prochaine génération: "On veut s'inscrire sur le long terme".

    Alors que ses fondateurs rêvent de voir s'élever un jour un millier de statues dans la Vallée des saints, la première école européenne de sculpture monumentale y ouvrira officiellement en 2019.

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    "Des visiteurs pourront même venir s'entraîner sur le granit", souligne Sébastien Minguy, le directeur du site, où s'élèvera l'an prochain un bâtiment d'accueil pour remplacer les préfabriqués actuels.

     

    La Vallée des saints fêtera dans le même temps son dixième anniversaire en faisant venir d'outre-Manche, sur un vieux gréement, sa centième statue, Saint Piran, patron des Cornouailles britanniques.

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  • Seul, il a passé 69 jours dans un phare au large de la Bretagne

     

    La plupart de ses gardiens ont démissionné, certains y sont morts et d’autres sont devenus fous. La sombre histoire du phare de Tévennec, érigé sur un îlot rocheux au large du Finistère, n’a pas rebuté Marc Pointud. Le président de la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises (SNPB) vient de revenir sur le continent après avoir vécu deux mois dans le phare.

     

    « Le paradis sur mer »

     

     « C’est un endroit extraordinaire, c’est difficile d’y aller et d’en revenir. Mais une fois qu’on y est, c’est le paradis sur mer. », a assuré Marc Pointud, cité par l’Obs. Enchanté de son séjour, cet ardent défenseur des phares a débarqué à Audierne le 5 mai au soir.

    Par son action, l’homme de 64 ans souhaitait alerter sur l’urgence de la restauration de ces édifices empreints d’histoire. Défi accompli : son histoire a été largement relayée par les médias. « Le monde entier connaît Tévennec maintenant », a-t-il annoncé, fier de son expérience.

     

    23 gardiens en 35 ans

     

    L’unique maison-phare construite en pleine mer en France a une histoire particulière. L’édifice, qui se dresse à 17 mètres au dessus du niveau de la mer, n’était plus habité depuis 1910 lorsqu’il fut automatisé. Il avait été allumé en 1875 pour baliser le raz de Sein, une zone de violents courants marins parsemée d’îlots à fleur d’eau. De nombreux marins y ont perdu la vie, et 23 gardiens se sont succédé sur le phare en 35 ans.

    Cet endroit est réputé hanté, selon la légende locale. « Je n'ai vu personne. Pas de fantômes, mais j'ai entendu des bruits trois-quatre nuits de suite», a raconté très sérieusement Marc Pointud, assurant que ces bruits avaient forcément une explication.


    Un phare en mauvais état

     

    « L'eau passe dans les murs, qui sont pleins d'eau. Il y a de l'humidité tout le temps. Donc les poutres ont commencé à pourrir, les planchers pourrissent petit à petit. Le bâtiment s'en va si on ne fait rien », a prévenu Marc Pointud.

     

    Il affirme avoir été contacté par des mécènes potentiels pour réhabiliter le phare. Une convention d'occupation du phare de Tévennec a aussi signée en 2011 pour une durée de 10 ans entre l'Etat et la SNPB. L’ardent défenseur des phares rêve d’y installer une maison d’artistes.

    phare 38

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    EN BRETAGNE, LA MORT EST DE TOUTES LES LEGENDES…

     

    Le soleil décline lentement sur l’horizon… La lande bretonne se teinte de couleurs étranges. Décharnés, les arbres qui bordent le chemin, semblent tendre vers le ciel violet leurs mains suppliantes. Ronan est certes un solide gaillard aux larges épaules, peu impressionnable, et près des réalités de la terre et de la vie, il n’aime guère cependant rentrer chez lui, au hameau, à cette heure crépusculaire… Les jacassements lugubres des corbeaux dans ce ciel de novembre semblent parler une langue inconnue… Comme s’il se préparait quelque chose ! L’angoisse monte vite dans ces cas-là : le moindre soupir du vent dans les halliers, la rumeur la plus lointaine prennent soudain une signification bizarre. Et puis, ce chat noir croisé tout à l’heure et qui a détalé à quelques centimètres, devant lui, lui laisse au cœur une impression pénible… Ronan presse le pas. Le hameau n’est guère loin maintenant, deux kilomètres au plus, et, dans quelques minutes, devant la table, avec sa femme et ses enfants, il aura oublié ses angoisses…

     

    LA CHARRETTE FANTÔME

    Brusquement, l’homme tend l’oreille : loin derrière lui, il vient de percevoir clairement, porté par une rafale de vent, le bruit caractéristique des roues d’un chariot. Bientôt, il distingue, allant en se rapprochant, le trot saccadé d’un cheval. Ronan ne peut réprimer un tressaillement. Et pourtant, quoi de plus naturel qu’un attelage qui rentre à la ferme, les travaux des champs achevés ? Certes, mais cette heure, « entre chien et loup », apporte avec elle des résonnances mystérieuses, qui font battre plus fort le cœur du Breton le plus sceptique, le plus cartésien… La charrette n’est plus qu’à une dizaine de mètres, à présent. Ronan se range le long du chemin pour la laisser passer. Et ses yeux s’agrandissent : dans un vacarme d’enfer, l’attelage passe devant lui, dans un grand souffle glacé : tenant les guides, un être repoussant, au faciès squelettique qu’encadre une chevelure blanche, vêtu de noir, tourne vers lui sa face grimaçante et éclate d’un rire hystérique. De l’autre main, la créature tient, entre ses doigts décharnés, une longue faux dont la lame acérée brille d’un éclat insoutenable ! En un éclair, Ronan a reconnu le Karrig an Ankou, le convoi monté par la mort elle-même. Il veut hurler mais aucun son ne franchit ses lèvres… Tremblant de terreur, il porte la main à son cœur et s’effondre sur le tapis de feuilles sèches… mort ! Pendant que décroît, dans le lointain, le grincement des essieux du sinistre chariot…

    LE NAVIRE FANTÔME

    C’est là l’une des nombreuses légendes que se racontent parfois, le soir autour de la table, les vieux et les vieilles du pays hanté de Bretagne. Car, s’il est une terre, en France, où la mort est présente à chaque seconde, en maint lieu, c’est bien sur ces landes brumeuses, au bord de la mer déchaînée et hurlante. Depuis toujours, marins et paysans portent au cœur l’angoisse de la Camarde. Et le Karrig an Ankou est, de toutes les légendes, la plus représentatrice de la mythologie bretonne. Il en existe cependant une autre version, plus particulièrement répandue dans la région de la Pointe du Raz et de la Baie des Trépassés, là où l’on peut entendre, la nuit, hurler et gémir les âmes des morts sans sépultures, des « naufrageurs », et de tous les marins incroyants : C’est à la Pointe du Raz que l’ankou se rend, nocturnement, pour venir chercher son chargement d’âmes, qu’il mènera ensuite, par-delà l’Île de Sein, par-delà les étendues marines ! L’Ankou n’est pas le pilote des vaisseaux funèbres, il n’en est – pourrait-on dire – que l’armateur. Régulièrement, chaque année, il part à la recherche d’un capitaine pour ses barques funéraires : lorsque la barque s’approche du rivage, on n’aperçoit personne à la barre, personne à l’intérieur et, cependant, elle ne dépasse que de quelques centimètres au dessus de la crête des vagues… comme si elle portait un lourd chargement ! Puis, porté par les bourrasques, une voix sourde monte de l’embarcation, appelant par son prénom un pêcheur résidant non loin de là… L’homme qui s’entend ainsi appeler n’ignore pas la redoutable tâche qui va être la sienne : il descend sur la plage et monte dans la barque chargée des âmes des croyants. Et c’est au milieu du concert effroyable des âmes errantes des marins morts en état de pêché qu’il prend place au gouvernail et met le cap sur l’Île de Sein. Parvenue en ce lieu, la barque devient soudain plus légère les âmes des morts l’ont quittée pour rejoindre la terre du repos éternel. De retour sur la plage, le « capitaine » a la surprise de s’apercevoir que l’embarcation disparaît en quelques secondes, comme une brume visionnaire ! Parfois encore, certains dormeurs s’éveillent au cours de la nuit, entendent frapper à leur porte : ils savent que l’Ankou les appelle pour passer dans l’autre monde des « Anaon », les âmes des trépassés. L’itinéraire de la barque varie selon les régions de Bretagne : il s’agit tantôt d’une rivière, tantôt encore d’un bras de mer, ou bien de la mer elle-même. Mais la destination demeure toujours la même : la terre des Morts est située quelque part au-delà de l’Île de Sein…

    SPECTRE DE NAUFRAGEURS ET VAISSEAUX ERRANTS

    La mythologie de la mort, en Bretagne, est indissolublement liée à la mer. Ainsi, gare à celui ou celle qui, se trouvant, à la nuit tombée près d’une plage déserte, s’entend appeler par son nom… Il s’agit certainement du spectre errant d’un de ces naufrageurs qui, jusqu’au XIXe siècle, faisaient échouer les vaisseaux sur les récifs, assassinaient leurs équipages et s’emparaient des richesses qu’ils contenaient ! Répondre aux lamentations de cette âme perdue, c’est prendre le risque mortel de se voir entraîner, au fond de la mer, par deux mains d’os qui ne vous lâchent plus ! Pour éviter ce piège, il suffit tout simplement de ne pas répondre à l’appel et de se signer : le mort regagnera aussitôt les abîmes infernales de son enfer marin ! La mer ! La mer presque toujours présente dans les légendes du littoral breton… Quel vieux marin ne vous contera pas, si vous le mettez en confiance, qu’il a de ses yeux vu l’un de ces bâtiments errants qu’on appelle vaisseau fantôme ? Si, de surcroît, vous commandez une vieille bouteille d’hydromel, il se confiera encore davantage : ce bateau, qu’il a aperçu, toutes voiles dans le vent, au large d’Ouessant, il est monté à bord… Les mains rivées sur la roue du gouvernail, sans regard au creux de ses orbites vides de squelette, un mort, très vieux, portant l’antique costume des corsaires, un sabre ébréché passé dans sa ceinture de cuir, guide le vaisseau dans sa course éternelle… Des morts et encore des morts dorment sur leurs paillasses ! Et ce sont encore des morts qui sont rassemblés dans la cabine du capitaine, autour d’une grande table chargée de mets et de cruches ! Aux sabords dépassent les gueules des canons perdus dans l’immense toile d’araignée et muets pour toujours ! Et le vieux pêcheur vous dira encore, à l’aube, lorsque la bouteille sera vide et que le coq commencera à chanter, que, remonté dans sa barque, il a aperçu, appuyée aux bastingages du vaisseau, une femme d’une beauté merveilleuse qui l’appelait ! Tel Ulysse refusant l’appel des Sirènes, il s’est bouché les oreilles pour ne plus entendre l’écho de cette voix sublime, déchirante… Car, s’il était remonté à bord du navire, c’est lui qui aurait remplacé le timonier… jusqu’au où un autre pêcheur aurait répondu à la voix et serait lui aussi monté à bord du vaisseau fantôme !

    LES ÂMES DES MARAIS

    Bretagne, pays de mer houleuse et vengeresse, mais aussi redoutable terre de marais ! Sous les eaux fangeuse et putrides de ces immenses étendues marécageuses, dorment des monstres qui, la nuit venue, dévoilent au passant attardé l’inhumaine horreur de leur face ! A une soixantaine de kilomètres au nord-est de Nantes, il existe un petit bourg charmant : Saint-Joachim, perdu au centre de la Grande Brière un vaste marais de 50 km2. Jadis un grand parc couvrait la région alentour. Cerné par ses merveilleux arbres séculaires, s’élevait un château de rêve, dans le secret duquel dormait un prodigieux trésor. Mal en prit à un magicien qui voulut s’emparer de ces richesses : tel l’apprenti sorcier, il déchaîna les eaux et les vents sur la contrée ! Et le trésor lui échappa ! Mais un nain qui prenait la fuite avec le trésor s’alla cacher sous le dolmen de Crugo et s’y trouve encore aujourd’hui… Depuis ce temps, des créatures monstrueuses hantent les marais : ainsi, dans les alentours de Mayun il est possible d’entendre, certains soir de tempête, les cris sinistres de Couertais, un colosse mesurant plus de trois mètres ! Prenez garde ne lui répondez surtout pas… Vous trépasseriez dans l’année, cela est certain ! Veillez également à ne pas rencontrer le Patou, spectre décapité, errant, son bâton dans la main, et poussant d’horribles hurlements dans la nuit des marais ! Patou affectionne plus particulièrement de s’asseoir sur le menhir de la « Vacherie », non loin de Donges… Si d’aventure vous montez à bord d’une barque et que vous décidiez de parcourir romantiquement les marais à la nuit tombée, ne vous inquiétez pas trop si vous apercevez, derrière votre embarcation des lueurs bizarres : il s’agit tout simplement des âmes errantes de victimes sacrifiées par les Druides de la Gaule Antique sur leurs autels de pierre… Certes, les siècles ont passé depuis, mais ces morts ne sont pas parvenus à trouver le repos éternel… Dans certaines petites chapelles de la région, vous apercevrez parfois de très vieilles femmes allumer des cierges et murmurer des prières pour le repos de ces âmes malheureuses…

    LES LAVANDIERES DE LA MORT…

    Les étendues marines, les marais, les sources et, les fontaines et les puits sont, en terre bretonne, les lieux de prédilection des esprits, des fées, des diables et des morts purgeant en ces endroits quelque antique châtiment… Ainsi, les vieux et les vieilles du pays de Bretagne évitent, la nuit, les abords de certaines mares ou étangs : ces étendues d’eau morte sont le lieu de rendez-vous des « Lavandières de la mort »… Si l’envie vous vient, intrigué, de vous approcher de l’une d’elles et surtout de lui adresser la parole, il vous en coûtera fort cher : elles se précipiteront sur vous, envelopperont votre corps dans l’un de leurs draps et le jetteront dans les profondeurs de la mare ! Parfois encore, au soir du Vendredi Saint, vous serez peut-être fort étonné d’entendre, dans la nuit, le claquement sec du battoir sur le linge… Surtout, ne vous approchez pas ! Car alors, les lavandières fantômes vous crieraient, de leur voix étrange : « Voici ton linceul. Il t’attend ». En un tournemain, elles se saisiraient de vous, vous envelopperaient de leur drap mortuaire et vous tordraient comme un vulgaire bas ! En Basse Bretagne, l’aventure coûta fort chère à une jeune fille qui passait de nuit près d’une mare elle vit, sur l’autre bord, une lavandière revêtue du costume traditionnel. Le fantôme déclara qu’elle blanchissait le drap dans lequel, le lendemain soir, on ensevelirait le corps du père de la jeune fille !

    UNE MESSE POUR UN PRÊTRE DISTRAIT !

    Il est peu de régions, en France où le concept de pêché et de châtiment soit à ce point répandu : les morts parjures, infidèles, menteurs, méchants, sont condamnés à revivre, sur les lieux mêmes de leurs forfaits et crimes, quelques instants de leur existence, parmi les plus pénibles… Batz est une petite bourgade perdue sur une lande rase battue par les vents qui soufflent en tempête… Il s’y dresse encore une petite chapelle, « La Chapelle de Crucifix » où Saint-Félix lui-même, évêque de Nantes, vint baptiser quelques uns de ses disciples… Il y a encore quelques années, le passant attardé avait la surprise d’apercevoir, derrière les verrières de la nef, une petite lumière blanche et tremblotante : à l’intérieur du sanctuaire, un malheureux prêtre, pour avoir omis de célébrer une messe que lui avait demandé un fidèle, officiait, chaque nuit, devant une assemblée de morts ! Supplice raffiné de l’au-delà : il ne pouvait que commencer ses prières mais avait reçu l’interdiction de les achever ! Cela ne lui serait enfin possible que le jour, tant attendu, où un vivant accepterait de lui répondre… Et puis un jour, un jeune ouvrier passant au cours de la nuit devant la chapelle trouva le courage d’y entrer et de répondre au malheureux ministre de Dieu… qui put enfin terminer son office posthume… Depuis ce jour, la petite lumière blanche, derrière les verrières de la nef, a disparu !

    LA CLOCHE DE LA MORT !

    Bretagne : la mer, les eaux mortes et les eaux vives servent de refuge secret aux myriades de créatures hantant les abîmes de la nuit. Mais sur cette terre se dressent aussi d’étranges et antiques édifices de pierres : les dolmens et les menhirs… Ces architectures « primitives » représentent également les lieux d’asiles des êtres venus des ombres de la nuit, de l’Enfer ou du Paradis. La route qui relie le bourg au village du Houx, situé au nord de la forêt de l’Arche, passe non loin d’un monument mégalithique que les habitants de la région appellent le « Dolmen du Peron » ou la « Pierre des Gaulois »… Ils affirment que, si l’on approche l’oreille de la dalle qui recouvre l’édifice, il est possible d’entendre le son grave de la cloche qui s’y trouve enfermée… Cela, sans prendre aucun risque. Mais, il en va différemment si vous tentez l’expérience au cours de la nuit… Car, dès la venue du crépuscule, apparaît, dans les parages du dolmen, un monstre épouvantable la Bête de Béré ! Et les vieux racontent volontiers que cette créature présente un aspect si terrifiant que les malchanceux qui l’ont aperçues sont morts sur l’instant ! Personne n’a jamais pu la décrire…

     

    LES INTERSIGNES

     

    Dieu, que la Bretagne est terre charmante pour ceux qui, pendant quelques jours, tentent d’y oublier les tracas de leur vie… La mer y resplendit sous le soleil. La lande fleurie sent si bon. Les chemins creux sont plein d’oiseaux… Délicieux pays tant que brille le rassurant soleil. Mais, attention : prenez garde aux signes du destin. Sachez que sur ce sol marchent, dès la tombée du jour, d’autres créatures que nous et que les fées, les farfadets et les korrigans multiplient les signes ; clins d’œil de l’au-delà qui annoncent toujours une mort prochaine. Cependant rassurez-vous : les intersignes ne s’adressent généralement pas à la personne qui les voit… ainsi, lorsqu’une personne meurt dans une région éloignée de celle où résident les siens, ses parents et amis entendent, la nuit, des coups frappés, des pas dans le grenier… Des mains fantomales griffent leurs corps, tirent les draps, des chandelles errent dans l’obscurité, des mains sans bras apparaissent dans les ténèbres, des gouttes de sang perlent sur les murs des greniers… De même, les menuisiers qui fabriquent les cercueils savent par avance si une personne doit mourir, dans la journée ou la nuit suivante : ils entendent le bruit des planches se heurtant entre elles dans les greniers ou parfois encore comme un gémissement plaintif… Le prêtre breton reconnaît à un certain signe, qu’il tient secret, si l’âme du mort est sauvée ou damnée, au moment précis où le cercueil atteint le fond de la fosse ! Le même prêtre, à l’instant où il jette la première pelletée de terre sur le sarcophage, peut connaître instantanément le sort de l’âme du défunt, dans son livre d’heures… Mais gare à lui s’il dévoile ce terrible secret : il remplacerait, tôt ou tard, le mort brûlant dans les flammes de l’éternelle damnation ! Mais si le prêtre a connaissance du destin posthume des mortels, chacun ici-bas peur également avoir accès à cette technique. La pratique est simple : immédiatement après la cérémonie du cimetière, l’on doit se rendre en un endroit élevé et découvert. Parvenu sur le promontoire dominant une large étendue de terrain, l’on prononce très fort le nom du mort par trois fois, cela dans trois directions opposées : si une seule fois seulement l’écho renvoie ce nom, il est certain que l’âme est sauvée !

     

    LA MORT N’EST PAS LOIN

     

    En Bretagne, les mille incidents de la vie quotidienne se colorent de teintes surnaturelles. Il est dès lors aisé, pour celui qui sait lire les « intersignes » d’avoir la connaissance anticipée de la mort de telle ou telle personne. Ces intersignes sont multiples, annonçant un décès plus ou moins lointain : les longs aboiements d’un chien pendant la nuit, le hululement insistant d’une chouette ou d’un hibou perché dans un arbre, près d’une maison, l’apparition d’une belette traversant le chemin, la présence répétée de corbeaux et de pies près d’une maison, la vue, sur une table, de deux couteaux croisés, la chute des poules de leur perchoir dans le poulailler, sont autant de mises en garde… Il en est d’autres encore : une chandelle qui s’éteint sur l’autel cours de la lessive, persiste à ne pas disparaître complètement dans l’eau, la présence, sur une table, de trois lumières allumées, le craquement inhabituel d’un meuble pendant la nuit, etc, etc… La liste des « intersignes » précédant la mort d’une personne serait longue à énumérer… « Heureux celui qui Voit, heureux celui qui entend… » disait déjà Saint-Jean dans l’Apocalypse…

     

    POUR MOURIR PLUS DOUCEMENT…

     

    Les détenteurs des vieilles légendes bretonnes connaissent également d’antiques secrets pour accélérer le processus de la mort et adoucir le trépas : ainsi conseillent-ils de descendre l’agonisant de son lit et de poser ses pieds nus sur le sol, en quelque matière qu’il soit… Ils préconisent également d’asperger le corps du mourant d’eau bénite et, dans le même temps d’effectuer le signe de croix avec un cierge bénit ou une pièce d’argent… Il est également indiqué, pour faciliter le passage du moribond dans l’au-delà, de lui faire embrasser une hache de pierre… Mais si, malgré ces pratiques, correctement réalisées, l’agonie semble pénible, il ne faut pas s’en étonner outre-mesure des plumes de pigeon se trouvent certainement dans l’oreiller, sous la tête du mourant ! La présence de ces plumes interdit – dit-on – à l’âme de s’échapper librement du corps !

     

    LE MARIAGE DU RÊVE ET DE LA VIE…

     

    La boucle se referme sur elle-même… La mort vient de ravir une âme au sein du grand troupeau des hommes. A présent, selon ses actions et pensées du temps qu’il était vivant, le défunt errera, longuement, soumis à la torture du souvenir, ou bien, plus chanceux, embarquera à bord de l’une des barques funéraires de l’Ankou pour rejoindre l’Île des Morts, quelque part au large de Sein… Et la nuit de l’océan, des marais, des sources, des fontaines, et des étangs, des dolmens sacrés, des chapelles hantées, résonnera de soupirs, de gémissements et de hurlements… Au fond des chaumières et des maisons de pêcheurs battues par les vents de tempête, vieux et vieilles se signeront en égrenant leur chapelet pour éloigner les créatures de l’ombre… Et demain, au grand soleil, la vie, quotidienne, jusqu’au prochain crépuscule où, de nouveau, les ténèbres parleront le redoutable langage des morts, des démons et des fées…

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    source- Nostra n° 227 août 1976

     


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    LA LEGENDAIRE VILLE D’YS 

    En cette nuit du 14 juillet 1974, tout devait se passer au mieux. Et pourtant, les équipages de deux chalutiers bretons de Douarnenez demeurèrent muets de stupeur. Droit devant eux, dans la baie des Trépassés, non loin de la pointe du Raz, là  où normalement régnaient la nuit et l’océan, une véritable ville éclairée, entière, vivante, bruyante, surgissait des flots comme par enchantement, comme par miracle. 

     

    Les capitaines des bateaux de pêche durent faire un détour malgré l’invraisemblance du phénomène : c’était bien une vraie ville en pierre. Et tous les marins, sans exception, du patron au mousse, se rappellent avoir entendu sonner les cloches, le tocsin et des rires funèbres qui roulaient en cascade. De quoi faire dresser les cheveux sur la tête des marins les plus endurcis. Les plus anciens d’ailleurs se taisaient et essayaient de se souvenir des prières apprises dans leur enfance. Ils venaient de s’apercevoir que cette nuit était un dimanche. Or, selon la légende, c’est justement le second dimanche de juillet, tous les sept ans, que la ville d’Ys, la ville maudite, la ville engloutie à cause de la luxure et de la débauche de la reine Dahut, réapparaissait au large de la pointe du Raz.

    ALORS, LES VIEUX LOUPS DE MER SUPPLIERENT LE SEIGNEUR DE LEUR EPARGNER LES FAVEURS DE LA PRINCESSE MAUDITE. CELLE QUI, UNE FOIS RASSASIEE DE LEURS CORPS, LES JETTERAIT EN SACRIFICE AU DIEU DE LA MER…

    Car telle est l’histoire fabuleuse et tragique, telle qu’on la raconte toujours aux enfants. A Quimper, en grand deuil, en grande tristesse, a vécu Gradlon, roi de Cornouailles. Les choses allaient ainsi depuis qu’était morte la reine Malgwen, son épouse, la plus belle des femmes quand la vie colorait encore ses traits. Pour ne pas sombrer dans le plus total désenchantement, le roi se remémorait ses hauts faits guerriers et ses prouesses dans les fjords et les cités lointaines des terres du grand Nord. Avide de butin, il équipait ses flottes et s’en allait pirater au septentrion. Un beau jour, sa fortune tourna. A l’issue des batailles sanglantes, bon nombre de ses solides Cornouaillais étaient restés enlisés, morts, dans le sable étranger.

    GRADLON SENTIT QUE SON DESTIN S’ENCHAINAIT LA. IL REGARDA TRISTEMENT SES HOMMES EMBARQUER. UN SOIR, IL SE TROUVA SEUL AU PIED DES REMPARTS IMPRENABLES ; POUR LA PREMIERE FOIS, IL CONNAISSAIT L’AMERTUME DES VAINCUS, SOUDAIN, IL RELEVA LA TÊTE, CAR IL AVAIT SENTI UNE PRESENCE.

    Blanche dans le clair de lune, la cuirasse et le haubert ruisselant de clarté, se tenait une femme aux cheveux roux, belle comme une déesse de la guerre. Un véritable enchantement luisait dans ses yeux. C’était Malgwen, reine du Nord.

    « Je te connais, étranger, tu est courageux. Tu as pensé qu’un cœur valait des armées. Mon époux est vieux. Son épée est rouillée, nous le tuerons et tu m’emmèneras dans ta Cornouailles. »

    Par un crime, le roi d’Armorique conquit une femme. Et quelle femme ! Pour fuir, la reine Malgwen le fit monter avec elle sur son cheval magique « Morvarch’ ». Gradlon prit Malgwen en croupe, et rabotant la crête des vagues, le cheval porta les deux amants jusqu’aux nefs bretonnes. Un orage dispersa la flotte. Pendant une année entière, ils voguèrent aux hasards des mers. De leur union naquit une fille. Mais la belle reine de Septentrion mourut en mettant au monde le fruit de leur péché. La petite princesse Dahut grandit. Elle fut bientôt en âge de devenir capricieuse et persuada son père de lui faire construire une ville pour elle toute seule. « Sa » ville, au bord de la mer ! Gradlon, subjugué et charmé, consentit. Et la ville de Dahut s’éleva. Un jour que Dahut flânait au bord du rivage, ce fut le coup de foudre, elle tomba à genoux devant les flots et s’écria :

    « OCEAN, ROULE-MOI SUR LE SABLE, POSSEDE-MOI DANS TES VAGUES, JE SUIS TA FIANCEE ! TOI, QUI ES TOUT PUISSANT, DONNE-MOI LE CŒUR DES HOMMES FAROUCHES ET DES FRELES ADOLESCENTS SUR QUI J’ABAISSE MON REGARD… »

    L’Océan consentit dès lors à tous ses caprices. Dahut devint l’impératrice d’un peuple de pilleurs d’épaves. La ville d’Ys devint un lieu de luxure, de débauche, du plaisir le plus sordide. Chaque soir, la diabolique princesse ensorcelait une nouvelle victime. Au point du jour, les serviteurs s’emparaient alors du malheureux et lui enfilaient de force un masque magique qui, au contact de son visage, étouffait l’amant d’une nuit. Un cavalier en manteau noir, monté sur un cheval noir, portait le corps en travers de la selle, et s’en allait le lancer dans l’enfer de Plogoff, où il se fracassait dans la baie des Trépassés. Aux environs du printemps, arriva un chevalier vêtu de rouge, sur un cheval rouge, aux ongles aigus et recourbés. Il ne répondit pas au sourire de Dahut. Un soir, l’étranger promena sa main dans la chevelure de la princesse. Soudain, un bruit sourd et violent comme un coup de boutoir se fit entendre du côté de la digue.

    « Que la tempête rugisse et nous assaille, dit Dahut, les portes de bronze la brave et nul autre que le roi, mon père, ne possède la clef qui les ouvre ! –BELLE, ME DONNERIEZ-VOUS CETTE CLEF ? LE ROI NE LA QUITTE JAMAIS, CERTES, MAIS IL DORT, LA LUI DEROBER SERAIT PARTI FACILE ! POUR L’AMOUR DE MOI, ALLEZ CHERCHER CETTE CLEF ! »

    Gradlon dormait, alourdi par le vin, et ce fut pour Dahut un jeu d’enfant. La clef en main, le chevalier, vif comme l’éclair, courut ouvrir les fameuses portes… Une vague haute comme une montagne s’apprêta à déferler sur la ville. « Vite, mon père ! hurla Dahut, Morvarch’ !!! L’océan a renversé la digue. » Le roi prit sa fille en croupe, comme jadis sa mère. « L’océan, mon époux, réclame sa proie, hurlait Dahut, sauvez la fille de votre reine Malgwen ! » Une voix formidable rebondit de rocher en rocher : « Lâche le démon qui te tient ! », hurlait au roi la voix terrible dans la nuit. Une forme pâle comme un cadavre enveloppée dans un suaire se dressait sur un promontoire. C’était Saint Guénolé.

    « Malheur à toi ! clamait le saint. –POUR L’AMOUR DE MA MERE, SAUVE-MOI, PERE, EMPORTE-MOI AU BOUT DU MONDE ! GEMISSAIT LA FILLE IMPUDIQUE. »

    L’étreinte de la princesse Dahut se resserrait autour de la taille de son père. Mais soudain, Gradlon, dans un trou d’air, se dégagea et abandonna sa fille au châtiment divin réclamé par saint Guénolé. Les flots déchaînés se refermèrent sur la maudite dans un bruit d’enfer. Dans l’abîme noir, une sarabande de spectres apparut, qui tendaient leurs ongles pour se saisir de la malheureuse. C’étaient ses amants d’un soir qu’elle avait fait étrangler. Ils criaient vengeance et s’apprêtaient à lui faire subir mille tortures dans le royaume de Satan. Non, vraiment, les marins des deux chalutiers de Douarnenez qui ont vu en 1974 surgir la ville maudite sous leurs yeux n’avaient pas le cœur à rire et à plaisanter en recommandant leurs âmes à Dieu. Demain, après une folle nuit de débauche, l’affreuse ville d’Ys rentrerait dans les entrailles de la terre pour une période de sept ans…

    MAIS AVANT, MIEUX VALAIT NE PAS TROP S’APPROCHER…

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