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    Les dragons  

     

     

    Les légendes et mythologies du monde entier mentionnent toutes d’'énormes reptiles ailés et cracheurs de feu. Quels peuvent bien être les faits réels à la source de ces histoires, et quel animal fabuleux serait le véritable « grand-père des monstres » ?

     

     

    Le mot dragon vient du latin "draco, draconis" qui veut dire serpent fabuleux et étendard. Ce mot vient lui-même du grec"drakon" qui veut dire serpent et qui est issu du verbe "derkomai" qui veut dire "je regarde", à cause du regard fixe du serpent. Dracula signifie le petit dragon en roumain. Le jeune homme garde consciencieusement son troupeau car il sait que, dans cette région du monde, nombre de créatures sont capables de s’'offrir un mouton de valeur pour leur repas. Il doit donc rester sur ces gardes. Soudain, il est alarmé par un sifflement étrange, comme une brise soufflant à travers un tuyau invisible. Cherchant d'’où vient ce son, il se retourne et se trouve alors face à une créature cauchemardesque.

     

     

    Un gigantesque serpent ailé, dont la tête pourvue de cornes scintille comme une pierre précieuse, fond droit sur lui. Ce reptile tout droit sorti des enfers atterrit lourdement sur le sol, à quelques mètres seulement de l’'endroit où le berger se trouve. Sans demander son reste, le garçon s’'enfuit en courant, sans plus ce soucier de son troupeau. Ceci n’'est ni une légende de l’'Europe moyen-âgeuse, ni un conte folklorique chinois, mais un incident qui s’'est déroulé en 1942, en Namibie, pays de Sud-Ouest africain. Le témoin, un jeune homme de 16 ans nommé Michael Esterhuise, était le fils d’un colon fermier et son récit fut d’autant plus pris au sérieux qu'’il n’'était qu'’un parmi plusieurs autres faisant état d'’un terrifiant serpent ailé vivant en Afrique à cette époque.

     

     

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    Nombreuses sont les légendes évoquant les dragons, ces serpents ailés à écailles et cracheurs de feu. Les tout premiers cartographes du globe terrestres désignèrent d’'ailleurs plusieurs zones géographiques par le terme de « territoire des dragons ». Même bien distinctes dans le temps ou dans l’'espace, la plupart des cultures humaines ont des dragons ou des animaux similaires dans leurs mythologies. De Quetzalcoatl, le serpent à plume mexicain, jusqu'’au dragon tueur d’'éléphants éthiopiens en passant par les dieux de la pluie chinois ou les monstres qui peuplent les enfers européens, le dragon, ou « grand-père des monstres », a ses crocs et ses griffes profondément enfoncés dans l'’imaginaire de l'’Humanité.

     

     

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    quetzalcoatl

     

     

    Encore actuellement, on continue de rapporter des observations de dragons, ou tout du moins des créatures qui s'’y apparentent. Ainsi, quand en mars 1933, un raz de marée engloutit la ville de Sanking, au Japon, faisant 300 victimes, détruisant 10000 maisons et 8000 bateaux, c’'est un gigantesque dragon lumineux qui, si l’'on en croit les survivants du cataclysme, poussait la vague mortelle. De tels récits constituent évidemment une énigme excitante pour les cryptozoologues qui, écartant d’'emblée les hypothèses surnaturelles et les vulgaires affabulations, s'’intéressent néanmoins à ces témoignages en ce qu'’ils peuvent être liés à des animaux bien réels, encore inconnus de la science ou qui furent mal identifiés.

     

     

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    Dans son livre Les Dragons d'’Eden, Carl Sagan émet néanmoins la possibilité que certains survivants des dinosaures du Crétacé aient pu rencontrer les premières lignées d’'hominidés, et que les récits de telles rencontres, colportés de génération en génération et diffusés au rythme des migrations humaines, aient forgé le socle du mythe du dragon. Autre hypothèse, les histoires de dragons pourraient n'’être que des témoignages exagérés concernant de véritables reptiles. Le crocodile, en tant qu'’espèce actuelle la plus grande et la plus dangereuse, est le premier candidat sur la liste. Les proportions et l’'aspect de l’'animal ont en effet de quoi frapper l’'imaginaire, qu'’il s’'agisse de Crocodylus niloticus, le crocodile du Nil, pouvant dépasser 6 m de longueur, ou de Crocodylus porosus, le crocodile indo-pacifique, espèce marine plus grande encore, et dont le plus imposant spécimen jamais capturé mesurait 8,5 m et pesait 2 tonnes.

     

     

    Le crocodile n'’est pas le seul reptile susceptible d'’inspirer des légendes de dragons. En fait d'’autres espèces vivantes sont certainement plus aptes à remplir ce rôle. On pense notamment au dragon volant de Malaisie, un lézard capable de planer dans les airs grâce à des replis de peau extensibles situés sur ces flancs, ou encore au Chlamydosaurus kingii, petit agame d’'Australie qui effraie ses ennemis en déployant une vilaine collerette. Bien que repoussants, ces reptiles apparaissent bien trop petits pour inspirer des histoires de dragons.

     

     

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    lézard à collerette ( Chlamydosaurus kingii )

     

    Varanus Komodoensis, le célèbre varan (ou dragon) de Komodo, qui vit confiné dans les îles de la Sonde, en Asie du Sud-Est, n’'a pas ce handicap : ce lézard géant peut en effet atteindre 3,6 m de longueur. Muni de dents et de griffes redoutables, ce carnivore tue des proies de la taille d’'un cerf et peut même s’'attaquer à l’'homme.

     

     

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    Les Vikings auraient-ils navigué jusqu’'à Komodo pour trouver l'’inspiration des têtes monstrueuses qui ornaient leurs drakkars ?

     

    En 1892, trois voyageurs s’'arrêtèrent sur les rives du lac Chelan, situé au nord de l’'Etat de Washington. Tandis que l’'un des voyageurs se lavait dans les eaux du lac, une créature étrange sortit des flots et saisit le malheureux dans sa gueule. Excepté son ventre blanc et de grandes ailes à la texture évoquant du cuir tanné, le monstre ressemblait à un alligator. Vaillamment, les deux compagnons de la victime attaquèrent le monstre à coups de pierres et de couteaux, mais ne purent percer sa peau écailleuse ni lui faire lâcher prise. En désespoir de cause, ils finirent par allumer une torche et l'’agitèrent devant la bête …qui s’'envola puis plongea dans le lac en emportant sa proie. On ne revit jamais ni le « dragon » ni la victime, mais les Indiens de la région virent dans cette réapparition du monstre un mauvais présage.

     

     

     

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    Le 30 mai 1903, le navire Tresco naviguait à 145 km du Cap Hatteras, au large de la Caroline du Nord ( Usa ) quand le commandant en second et le quartier-maître aperçurent une bande de requins nageant rapidement, comme s’'ils fuyaient quelque chose. De fait, la créature en question se montra bientôt, suscitant également la panique parmi l'’équipage du navire : il s’'agissait d'’un énorme reptile, dont la taille fut estimé à 30 mètres !

     

     

    D'après les récits consignés dans le journal de bord, la créature était recouverte d'’écailles de couleur bronze, avait à ses flancs des ailes semblables à des nageoires, un cou très épais et une queue de serpent. Sa tête monstrueuse (1,5 m de longueur ) portait de grandes défenses, des yeux rouges et une crête érectile. Apeurés, les marins coururent sur le pont inférieur pour observer le « dragon » à partir d’'un hublot, les officiers gouvernant le bateau retranchés dans la timonerie. La créature n'’attaqua pas, et s'’éloigna paisiblement…

     

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    Le 30 septembre 1976, l’'Américain Tom D'’Onofrio, prêtre et artiste à ses heures, était occupé à sculpter un pied de table à l’'effigie d’un dragon. Avant d'’achever la tête de l’'animal, il s’'octroya une pause et parti se promener sur la plage près de Bolinas en Californie. Rejoint par son ami Dick Borgstrom, c'’est ensemble qu'’ils suivirent les évolutions marines d’'un « dragon » de 18 m de long. Apparemment, le même monstre refit surface à Stinson Beach, où il fut observé par une équipe de terrassiers employés par l’'Etat de Californie, qui eux évaluèrent sa taille à 30 mètres. L’'animal, noir avec une tête de dragon et des yeux rouges, nageait en battant l’'air furieusement, comme « un tuyau d’'arrosage fou ».

     

     

     Sorte de Léviathan personnifiant le chaos, incarnation de l’'Antéchrist dans la tradition biblique, le dragon serait le symbole premier du pouvoir païen de « l’'Ancienne Religion ». Mythe étroitement associé au sacré, cet animal serait simplement l’'expression du Mal (excepté en Chine où le dragon est une entité bénéfique ). On peut noter que les églises chrétiennes construites sur d’'anciens tumulus dédiés aux rites païens furent très souvent érigées en l’'honneur de Saint-Michel ou de Saint-Georges, grands pourfendeurs de dragons devant l’'Eternel. Quand par le passé surgissaient des dragons, l'’Humanité vivait une époque où les peurs primaires, comme la « terreur sans nom » de la nuit, se concentraient sur l’'imagerie des grands animaux prédateurs. De nos jours, on assiste peut-être à une résurgence de ces peurs, jadis matérialisées sous la forme de dragons cracheurs de feu, mais aujourd’'hui supplantées par de nouvelles chimères, entités venues de l’'espace et aux pouvoirs sans limites : les extraterrestres…

     

     

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    La taverne de l’'étrange- 12 Février 2006

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