• Le diable existe...

     Le diable existe

     

     

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    Les soldats de l’'évêché le traquent depuis la nuit des temps. Le malin est-il de retour ? L’'ange déchu attaque sur tous les fronts. Un démon multiforme, imprévisible et complètement amoral !

     

     

    A l’'aube du 3ème millénaire, le diable est-il de retour ? A en croire la prolifération des exorcistes depuis près de 30 ans, l'ange déchu revient en force. Il ne connaît pas de frontière sociale, pas même de barrière religieuse ou géographique. Les exorcistes sont parés à toute éventualité, même s'’ils savent pertinemment que derrière le masque de l'’invisible ne se cache pas toujours le visage de Satan…. L’'histoire du démon se confond avec celle de l’'Eglise. Depuis la chute de l’'empire romain, les papes n’ont cessé de dénoncer la mainmise du diable sur tous les îlots de la superstition. Le culte des idoles, la magie, la divination, la vénération des arbres et des rivières, sans compter les hérésies de toute nature, sont considérés par la hiérarchie ecclésiastique comme autant d'’attaques de Lucifer.

     

     

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    « La sorcellerie pourrait se définir comme un ensemble de procédés magiques, explique Dominique Camus, ethnologue et sociologue, auteur de Pouvoirs sorciers. Ces pouvoirs exécutés secrètement par un sorcier, pour répondre à une demande entraînant l’'action d’'une personne contre la volonté d'’une autre : le retour d'’affection par exemple. » Ces pratiques peuvent provenir directement du sorcier, mais aussi de la personne pour le compte de laquelle ce sorcier agira. La sorcellerie offre un ensemble de maléfices, chaque fois que le jeteur de sorts agresse sur commande la victime désignée, ce que l’'on appelle aussi une « valence maléfique » quand l’'exorciste annule le mal et inverse le maléfice. Il existe toute une topologie de cas en relation avec les motivations : vengeances pour motifs économiques, mobiles sentimentaux, jalousie amoureuse et haine conjuguées. Certains signes ne trompent pas. L’'envoûtement est entouré de tout un halo de haine, de cupidité ou de passion.

     

    « Mais, peut-être faut-il remettre les pendules à l’'heure, souligne le père Raymond G. de Paris, prêtre orthodoxe qui a pratiqué des exorcismes pendant dix ans car : D'’ailleurs, ce sont quelquefois les médecins ou les psychiatres qui, impuissants devant certains phénomènes, nous adressent des personnes souffrantes. Inversement, ajoute-t-il, parfois les gens se croient envoûtés, soit parce qu'’ils ont été influencés, soit par autosuggestion. Alors, nous leur demandons, avant toute autre démarche, d’'aller consulter leur médecin, un psychologue ou un psychiatre. Voilà pourquoi nous les soumettons à un interrogatoire très poussé, parce que c’'est en fonction de leurs symptômes que nous pouvons définir la nature du mal. Si le doute persiste, on procède alors à un exorcisme léger. S’'il n'’y a pas de réaction immédiate, le problème de cette personne relève d’'autre chose. »

     

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    Certains signes ne trompent pas mais peuvent varier selon la nature de l'’envoûtement. Apathie, phobies, nervosité, angoisse dans certains lieux, anxiété au moment du coucher du soleil, douleurs au cou ou au ventre, incidents inexpliqués au volant, insomnie.

     

    Le diable, alors, est-il là ?

     

    « Certainement pas ! Attention, ce n’'est pas parce que vous avez des migraines et de l’insomnie que vous êtes envoûté », affirme le père Raymond G. « Ces maux peuvent provenir d’'un état d’'esprit réfractaire au changement, à l’'évolution. L'’important, c’'est de déterminer la nature, donc la force de l'’envoûtement. La force-pensée c’'est la volonté de haine ou d’'amour qui peut déjà être un premier stade d'’action. J’'ajouterais que si quelqu'’un est capable de se réveiller le matin, de vivre sa journée et de s’'endormir le soir en haïssant un être humain, cette haine pourrait avoir un effet néfaste sur l’'être haï. »

     

    L’'Eglise a décidé de prendre le diable par les cornes !

     

    Au sein de leurs diocèses, les évêques se sont vus dans l’'obligation de nommer un ou plusieurs prêtres. De 16 en 1977, les prêtres catholiques exorcistes sont passés à 82 en 1992. Pour la plupart d’'entre eux, leur existence n'’implique pas nécessairement la manifestation du démon. La croyance en Satan ne traduirait qu'’un malaise profond de la société et non de l'’individu : de nombreux cas pathologiques seraient déguisés en complot satanique et, trop souvent, les gens seraient victimes de leur imagination. Ce sont des personne désemparées, désorientées et en proie à une grande détresse morale. Après le médecin et le psychiatre, l’'exorciste est pour elles le dernier recours. L'’ultime rempart.

     

    Le père Claude Cesbron, originaire d’'Angers, définit en ces termes la mission de l'’exorciste : « Le prêtre exorciste est d’'abord un homme d'’accueil et d’'écoute, au service des personnes en détresse. Avant de chasser le diable, il chasse l’'angoisse et la peur. Et il ajoute : le visage du diable ne se cache pas toujours derrière le masque du mal. Le mal, c’'est d’'abord nous-mêmes et nos travers : l’'envie, la haine, la souffrance, le narcissisme, les plaisirs exacerbés de la chair. L’'exorciste n’'apporte pas de réponse : il essaie de remettre le patient sur la bonne voie, de le réconcilier avec lui-même, de lui parler d’'amour… ».

     

    Comment reconnaître un « possédé » ?

     

     

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    L'’envoûtement commence quand les gens ne s'’appartiennent plus. Entre la maladie mentale et la possession authentique, la frontière est-elle difficile à définir ? Le père Jodin, subordonné à l’'Eglise catholique orthodoxe de France, nous répond que « la présence d’'une icône ou d’'un crucifix a pour effet, immédiat de les mettre dans une rage incontrôlée. Les « malades » semblent pourvus d'’un troisième œoeil invisible. Si vous tendez un verre d’'eau à une victime dans lequel vous avez versé de l’'eau bénite, cette dernière refusera catégoriquement de le boire. Et, pourtant, elle ne vous a pas vu verser l’'eau bénite ! Même cachés, les objets sacrés sont perçus par les témoins. » Ordonné exorciste en 1986, le père Jodin, qui se définit comme un intercesseur de Dieu est convaincu de l’'existence d’'un « monde invisible peuplé ».

     

    En l’'espace de quinze ans, il aurait rencontré à sept ou huit reprises l’'ange déchu : un regard indéfinissable qu’'il a croisé chez tous ses sujets, des témoins qui ont résisté à tout examen rationnel et qui, lors de leurs accès de rage, ont proférés des injures en latin et en grec. Entendre une femme dans la cinquantaine, inculte, insulter un crucifix en grec ancien est pour le moins troublant, mais faut-il pour autant y voir un signe du démon ? Après tout, inexplicable ne rime pas nécessairement avec surnaturel et peut-être ladite possession ne traduit-elle qu’'une méconnaissance des rouages du cerveau humain ?

     

    Quoi qu'’il en soit, depuis l’'année 1614, l'’Eglise se réfère aux prescriptions du rituel romain : ouvrage liturgique indiquant en termes très précis comment distinguer la possession de la mystification. La connaissance d’'une langue inconnue, le fait de « dévoiler des faits distants ou cachés » et de déployer une force herculéenne seraient des signes probants de l’'action du démon ! A ce sujet, le père Jodin raconte l’'histoire d’'un homme qui attaché solidement et maintenu par six personnes, aurait léviter horizontalement puis aurait foncé la tête la première contre le mur sans rien se fracasser. « La drogue, l'’alcool, les dépravations sexuelles et autres dépendances aliénantes, telle l’'appartenance à une secte, peuvent être interprétés comme des variables cachées de l’'action sataniques. »  et ajoute : « Quand l’'être humain n’'est plus maître de lui-même, les voies de Satan deviennent plus larges. » D’'une façon générale, les objets sacramentaux ont cette propriété de mettre le démon dans « tous ses états ». L’'action de l'’exorciste commence alors.

     

    Il ne s’'adresse pas directement à Lucifer mais demande à Dieu de libérer les personnes du mal. « La réaction du possédé est très violente, nous confie le père N.. exorciste à Orléans, coups de poings, injures et hurlements sont le lot quotidien des traqueurs de Satan. Un démon qui frappe à n'’importe quel moment. J’'en veux pour preuve l'’aventure survenue à une jeune femme en apparence timide. Quand j'ai commencé à lui objecter qu’elle n’'avait ni le physique, ni le comportement d'’un démon, cette personne est devenue soudain méconnaissable, son visage s’'est métamorphosé.… Moi, qu’elle venait voir comme un ami ou un sauveur, je devenais brusquement l’'ennemi à abattre…. Elle était littéralement enragée, poussait des hurlements, insultait l’'Eglise, proférait des injures et des obscénités. Elle voulait m'’étrangler ! Son corps et son esprit n’'avaient plus leur raison. Après quelques prières de délivrance, l’'enragée s’est calmée.… »

     

    Face à cette véritable crise d’hystérie, le prêtre récite inlassablement des versets extraits de la Bible ( Deutéronome, chapitre 18 ) tout en faisant des signes de croix et en versant de l'’eau bénite qui le brûle !

     

    Non, le diable ne s’'infiltre pas partout !

     

    « Il ne faut pas se laisser impressionner par certains rituels, explique encore le Père Jodin. Un désenvoûtement n'’a rien de spectaculaire. Il consiste souvent en une suite de prières. Le tout est de trouver un exorciste qui ait une véritable éthique. Par exemple, si on lui parle de retour d’'affection, il doit savoir discerner l’'aveuglement de la personne qui n’'a plus son libre arbitre. Il ne faut pas oublier que forcer quelqu'’un à revenir contre sa volonté est une atteinte profonde à la liberté que nous avons tous. » Il y a aussi le phénomène dangereux que les exorcistes appellent la « programmation mentale ».

     

    Un de vos proches en vous voyant vous suggère ou vous affirme que vous êtes envoûté. Vous allez y croire et réagir en conséquence. Les méthodes habituelles d’'exorcisme n'’auront aucun effet puisque vous vous croyez envoûté alors que vous ne l’'êtes pas ! L'’essentiel, c'’est de croire en soit. Au-Delà de toute explication scientifique ou religieuse, s'’impliquer dans le jeu magique rend conscient du désir ou de l’'angoisse qui sont capables d’'entraîner à l'’étonnant recours à la sorcellerie. 

     

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    Aura2

     

    La taverne de l’'étrange- 11 octobre 2006

     

    mise à jour le 18 janvier 2013

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