• Hildegarde de Bingen

     

    UNE LUMIERE EN PLEIN MOYEN-ÂGE

     

    Hildegarde de Bingen

     

    Une figure étonnante va marquer l’'Europe médiévale du XIIe siècle : Hildegarde de Bingen, connue sous le nom de Sainte Hildegarde. Musique, littérature, philosophie, médecine... pas un domaine où elle n’'excelle. Elle devient alors si célèbre que le Pape Eugène III, subjugué, décrète « d’'essence divine » les « visions » et des « messages » que prodigue cette religieuse d’'exception.

     

    Certains de ses contemporains l’'appelaient familièrement la « Bonne Mère de Bingen », exactement comme on nommait alors la Mère de Dieu. Aux dires de ceux qui l’'ont connue, elle vibrait d'’amour envers le monde. Bernard de Clairvaux, le futur Saint Bernard, se serait même déplacé jusqu'’en Allemagne pour la rencontrer. Et aujourd'’hui, la présence de cette femme du XIIe siècle est toujours aussi stupéfiante. Elle a laissé une œoeuvre imposante, remarquable et très en avance sur son siècle, particulièrement au niveau médical. Avec la vogue des médecines douces, nombre de praticiens modernes s’y intéressent. Et ils se réfèrent aux thérapies qu’elle préconisait, il y a près de neuf siècles ! Jusqu'’à ses « chants de l’extase », ses symphonies et cantiques qui sont enregistrées sous des labels prestigieux.

     

    LA VOIX DU CIEL 

     

    Hildegarde de Bingen naît un 17 août de l’an 1098 à Bermersheim, un petit bourg de l’'opulente Rhénanie. Dès sa prime enfance, elle a des visions. A aucun moment, elle ne doute de leur origine divine. Et c’est presque naturellement qu’elle entre au couvent à l’'âge de huit ans, comme si ses visions la conduisaient sans dévier à une vie monacale, dédiée toute entière à Dieu. A quinze ans, elle prononce ses vœoeux et prend la robe de l’'ordre des Bénédictines. En 1136, elle est élue abbesse du couvent de Rupersberg près de Bingen, sur les rives du Rhin. Pendant de nombreuses années, elle garde le silence sur ses extases mystiques, ses visions et les voix qu’elle entend depuis qu’elle est fillette. Des « voix du ciel » qui lui permettent, expliquera-t-elle plus tard, d’'écrire et d’'imaginer pêle-mêle textes et musiques, prédictions et remèdes. Puis, à quarante-trois ans, pendant un instant de grâce, elle reçoit enfin l'’autorisation de Dieu de partager ses visions. D’'abord, elle hésite, réticente. Elle tombe alors très malade et s’'aperçoit qu’elle guérit dès qu’elle raconte ses visions et ses expériences. C'’est à ce moment qu’elle se met à écrire livre sur livre comme si elle se libérait d’'un poids trop lourd à porter...

     

    *** UN SAVOIR FANTASTIQUE ***

     

    L'’énumération des ouvrages qu’elle a consacrés à tous les domaines de la connaissance de son temps, prend très vite l’allure d’un catalogue de bibliothèque savante. Cela va du Scivias ( Connaissance des voies ), au Liber meritorum ( Livre des mérites dans et de la vie ), en passant par un De operatione Dei ( Livre des travaux divins ), ou un Physica ( Livre d’histoire naturelle ). Ces ouvrages touchent à la spiritualité, à la morale chrétienne et à la culture générale. D'autres vont suivre, oeœuvres plus spécialisées, directement reliées à la médecine ou à la nature. Elle y aborde néanmoins une multitude de sujets. Dans le Livre des subtilités des créatures divines, elle s'’intéresse aux plantes et à leurs propriétés respectives, mais aussi aux métaux, aux pierres et aux animaux.

     

    Dans le Causae e curae ( Livre des causes et des remèdes ), elle traite des maladies, de leurs causes et des thérapies appropriées à chacune d’'entre elles. De la goutte au cancer, en passant par les affections de la bile, les oedèmes, les maladies nerveuses, les rhumatismes ou les dermatoses diverses, pas une maladie qui ne soit étudiée avec sensibilité par Sainte Hildegarde. Ces deux ouvrages médicaux furent inscrits plus tard dans le grand codex. Puis, ils tombèrent dans l'’oubli pendant des centaines d’'années, avant de réapparaître au XIXe siècle. Depuis, des médecins, naturopathes ou chercheurs s'’en servent, étonnés de la modernité de certaines formules de la Sainte. Certes, ses remèdes sont simples et naturels : gemmothérapie, saignées, scarifications ( cicatrices d’appel ), moxibustion ( pointe de feu ), soupe d’épeautre, etc. Ses compositions musicales elles-mêmes ( plusieurs Chant de l’extase vendus en CD ), soigneraient certaines affections.

     

    Mais son approche de l’'art de guérir rejoint tout à fait celle des partisans d’une médecine globale holistique. Bien avant eux, Sainte Hildegarde recommandait déjà de pratiquer une médecine de « terrain », soignant les causes profondes et pas seulement les symptômes. Elle envisageait vraiment chaque malade en tant qu’être humain, avec ses propres spécificités. Toute sa vie, Hildegarde de Bingen a donc fait montre d’'une incroyable activité, en particulier dans le domaine littéraire. Voilà qui ne manque pas d’étonner ; elle n’avait en effet reçu aucune éducation scolaire ou universitaire. Elle était complètement autodidacte, comme toutes les femmes de son époque, qui ne pouvaient être admises à la vie scolastique. Telle était la règle. Indéniablement, Hildegarde puisa toute la force et la plénitude de son savoir dans les arcanes de ce don de visionnaire, qui en fit une femme remarquable dont la mémoire intrigue encore neuf cents ans après sa mort. Esprit assurément frappé par une lumière éclatante, Hildegarde de Bingen pose son regard sur toute chose en y observant cette étincelle divine, ce morceau du créé, qu’elle sait venir de Dieu.

     

    Alchimiste de la pensée, sous sa plume, chaque élément se transmute. Tout devient sensible et sensuel, agité d'’humeurs malignes ou de caresses voluptueuses. Elle est une « voyante » d'’une incroyable humanité, avec une perception du monde tout à fait particulière. Dans ses livres, textes, musiques, etc., on trouve toujours la trace de savoirs antiques et une sensibilité à toutes les formes du visible et de l’invisible, que l’'on peut définir comme une « solidarité » avec les divers règnes de la vie. Nous sommes en plein dans la globalisation de l’'univers, chère aux adeptes de l’'Art royal qui prônaient la relation de tout avec tout. Et puis, elle disposait d’'un exceptionnel « art de voir », comme le laissent supposer ces prophéties. Et comme en témoigneront plusieurs de ses contemporains.

     

    *** DES PREDICTIONS SURPRENANTES ***

     

    Hildegarde de Bingen

    D’après le moine Wibert de Gembloux, Hildegarde de Bingen disait volontiers à son entourage « qu’elle ne voyait pas les choses avec ses yeux ou ne les entendait pas avec ses oreilles ». Elle affirmait « les ressentir dans son âme, avec les yeux de son intérieur ». Elle décrivit aussi ses états de visions ou d’'écoute céleste comme des moments d'’extase. Elle ajoutait qu’elle percevait alors une étrange « lumière », qui n’'avait rien à voir avec celle du jour. Ses prédictions étaient étonnantes : elle prédit notamment la réforme et la chute du Saint Empire romain. Ensuite, toujours informée par la « voix » céleste, elle déclara que l’'Eglise « subirait un amoindrissement de sa puissance séculière » ; et qu’il arriverait un temps « où le Souverain Pontife perdrait son pouvoir temporel et ne conserverait qu’'une propriété dans Rome et quelques domaines des environs ». Hildegarde annonça aussi la fin du monde, de notre monde.

     

    Cependant, elle ne donna jamais de date. La « voix du ciel » lui révéla simplement que « tout ce qui vit sur terre tend à périr, que le monde sent ses forces faiblir ». Dans cette prophétie de fin des temps, elle ajouta une bien curieuse vision : « Les Juifs se joindront alors aux Chrétiens et reconnaîtront, avec allégresse, l’'arrivée de Celui qu'’ils niaient jusque-là être venu en ce monde ».

     

    Hildegarde de Bingen mourût en 1179, à l’'âge avancé de quatre-vingt-un ans. Elle laissa, elle la benjamine d’'une famille nombreuse, un héritage qui appartient tout entier à l’'humanité. Elle fut une lumière en son siècle, une lumière éclatante qui resplendit encore presque un millénaire après sa disparition.

     

     

     

     

    Source- Revue Le monde de l’'inconnu N° 274 de juillet 1999

     

     

    La taverne de l'’étrange- 5 juillet 2007

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  • Commentaires

    1
    visiteur_Top
    Vendredi 6 Juillet 2007 à 17:12
    Je n'avais jamais entendu parler de cette Hildegarne avant. Mais c'est vrai qu'elle a laisser une oeuvre importante et int?ssante.
    2
    Meriten
    Mardi 10 Juillet 2007 à 15:52
    Hildegarde a eu la chance de na?e ?ne ?que o?le pouvait exercer ses talents sans se cacher. Quelques si?es plus tard, et c'?it mort puisque la chasse aux sorci?s ?it d?ar?et il aurait ? inimaginable alors qu'un pape reconnaisse en elle une quelconque essence divine. A la fin du moyen-? elle aurait tr?mal fini.
    Alors ayons une pens?pour toutes les "Hildegarde" que gr? ?'Eglise, nous n'avons pas pu conna?e.
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